Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Cinéma Cinéma Cinéma Chronique Michel Guerrin Rédacteur en chef au « Monde » Le film du réalisateur roumain Cristian Mungiu, s’il dérange le camp progressiste dans ses certitudes, se veut une tentative de reconnecter deux mondes qui s’ignorent. Ce à quoi les hommes et les femmes politiques devraient aussi s’attacher lors de la campagne électorale, estime Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », dans sa chronique. Publié le 04 septembre 2026 à 06h20, modifié le 04 septembre 2026 à 14h35 Temps de Lecture 4 min. Read in English Article réservé aux abonnés Fjord, de Cristian Mungiu, divise fortement la planète cinéma et les milieux culturels en Europe depuis sa sortie en salle le 19 août. Certains y voient un film réactionnaire. La Palme d’or cannoise porte un dilemme qui va se répéter jusqu’à l’élection présidentielle de 2027 : quelle attitude adopter, radicale ou pas, face au Rassemblement national ? L’insulter n’aboutit-il pas à faire grossir ses rangs ? Le réalisateur roumain fait monter la température en raison de son profil : il est rarissime qu’un cinéaste de ce calibre, de gauche, lauréat d’une première Palme en 2007 pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours, s’inspire d’un fait divers réel pour inverser le logiciel du cinéma d’auteur et titiller le camp progressiste. C’est l’histoire de parents de religion évangélique – lui roumain, elle norvégienne – fraîchement installés en Norvège, soupçonnés de gifler leurs cinq enfants et qui seront, en conséquence, séparés de leur progéniture. Or Cristian Mungiu a de la mansuétude pour la famille ultratraditionnelle, qui, entre autres, assimile l’homosexuel à Satan, et, a contrario, transforme la Norvège, souvent décrite comme un modèle de démocratie, en bloc totalitaire tenu par des agents de l’Etat (protection de l’enfance, enseignants, policiers, juges) persuadés d’être dans le camp du bien. Circonstance accablante : le pays semble s’acharner sur cette famille en raison de sa religion jugée moyen-âgeuse. On peut y voir un film pervers, où le spectateur se surprend à avoir de l’empathie pour une famille glaçante et confondre la Norvège avec la Roumanie de l’ancien dictateur Ceausescu (1965-1989). Si le cinéaste divise autant, c’est en raison de sa conception du rôle de l’artiste : c’est parce que le camp progressiste, y compris culturel, avance avec ses certitudes, s’évertuant à faire le bien de tous sans chercher à entraîner celles et ceux qui ne pensent pas comme lui, que les vagues conservatrices déferlent. Si les politiques et les artistes n’arrivent pas à reconnecter deux mondes qui s’ignorent – ce que Fjord essaie de faire –, le pire est à venir. Il vous reste 66.98% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.