Le rendez-vous devait se focaliser sur la croissance mondiale, sur fond de choc énergétique provoqué par la guerre en Iran. Mais la présence d’un invité inattendu à une réunion des pays du G20 en Caroline du Nord, aux Etats-Unis, a nui à cet objectif initial, en irritant un certain nombre de participants. Ce lundi 31 août, plusieurs ministres des Finances ont été surpris et consternés de voir que leur homologue russe, Anton Silouanov, avait fait le déplacement à Asheville - sa première participation physique à un tel forum depuis que la Russie a envahi l'Ukraine. Sa présence en personne outre-Atlantique marque un contraste important avec le mois d’avril 2022, quand sa participation par visioconférence à une réunion du G20 à Washington avait donné lieu à une condamnation généralisée de l'invasion de l'Ukraine lancée deux mois plus tôt par Moscou. Des responsables américains, britanniques, canadiens et de la Banque centrale européenne (BCE) avaient alors quitté la salle.Rien de tel cette fois, mais plusieurs responsables européens ont tout de même dit s'être opposés à la traditionnelle "photo de famille" des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G20, avant que celle-ci ne soit finalement prise sans Anton Silouanov."Assez troublant"Rappelant que l'Europe préparait un train supplémentaire de sanctions contre la Russie, le ministre allemand des Finances a jugé devant la presse que la présence d'Anton Silouanov envoyait un signal "assez troublant" à propos de la coopération des Etats-Unis sur la question. "J'aurais voulu plus de clarté de la part des Américains sur le fait qu'il [NDLR : Silouanov] ne devait pas être reçu ici comme un invité normal", a dit Lars Klingbeil.Son homologue polonais, Andrzej Domanski, a pour sa part déclaré à Reuters qu'il était mécontent de voir la Russie représentée, tout en reconnaissant le droit des pays hôtes du G20 d'inviter des participants. "Nous ne faisons pas confiance à la Russie. Ils mentent constamment et il faut être extrêmement prudent lorsqu'on discute avec eux", a-t-il souligné lors d'une interview, rappelant que la Russie était l'agresseur dans son conflit avec l'Ukraine. "Il me serait donc très difficile d'avoir une quelconque conversation avec la Russie", a-t-il ajouté.Des voix se sont aussi élevées aux Etats-Unis, où la sénatrice démocrate du New Hampshire Jeanne Shaheendu, membre de la commission des affaires étrangères du Sénat, s'est indignée dans un communiqué : "L'administration Trump doit faire pression sur Poutine et ses acolytes, et non leur offrir une tribune".Donald Trump défend l'invitationAuprès du Washington Post, la sous-secrétaire au Trésor américain chargée des affaires internationales a expliqué que la Russie avait été invitée en tant que pays membre du G20 : "Il est important de dialoguer même en temps de conflit", a-t-elle justifié. Interrogée sur les préoccupations des Européens, Erin Browne a préféré évoquer "un dialogue constructif en séance plénière".Lundi soir depuis le bureau Ovale, Donald Trump a publiquement défendu cette invitation : "On verra bien ce qui se passera, mais on aime bien s'entendre avec tout le monde", a fait valoir le président américain face aux journalistes. "L'une des raisons de mon succès, c'est que je m'entends bien avec tout le monde", a-t-il poursuivi.Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a rencontré Anton Silouanov en tête à tête en marge de la réunion du G20. Un responsable américain a précisé que leur échange avait principalement porté sur le plan de paix de Donald Trump pour l'Ukraine. Selon une source proche des discussions, Scott Bessent a clairement indiqué à Anton Silouanov qu'aucune aide économique à la Russie ni aucun accord sur d'autres sujets ne seraient possibles tant que la guerre ne serait pas terminée. Alors que la réunion du G20 se poursuit ce mardi 1er septembre, la Russie a bombardé la capitale ukrainienne Kiev et sa région pour la sixième nuit consécutive.