Condamné en 2011 pour injures à caractère antisémite, le styliste britannique devait bénéficier des honneurs d’une exposition personnelle au Metropolitan Museum of Art, à New York, en 2027. John Galliano à la fin du défilé Christian Dior haute couture, automne-hiver 2009/2010, dans les salons de la boutique avenue Montaigne, en juillet 2009. Photo Jean-Marc Haedrich/Visual by Starface Par Rémi Guezodje Publié le 31 août 2026 à 17h26 Le Metropolitan Museum, à New York dévoilait le 31 juillet qu’il consacrerait, au printemps prochain, son exposition de mode annuelle au grand couturier britannique John Galliano (« John Galliano : Horizons »). C’était compter sans la pluie de critiques qu’engendra l’annonce de cette rétrospective : journalistes, mécènes, responsables associatifs, politiques et religieux rappelant les injures publiques à caractère raciste pour lesquelles le styliste a été condamné en 2011 par le tribunal correctionnel de Paris. Pression fructueuse, à en juger par la volte-face du musée et du magazine Vogue, qui chapeaute l’événement et publie le 31 août un article faisant savoir que l’exposition est finalement annulée. « C’est avec une grande tristesse que j’ai décidé qu’il valait mieux que l’exposition n’ait pas lieu pour le moment », déclare John Galliano au mensuel américain. Une décision reflétant la gravité et le retentissement des propos discriminatoires qui valurent à John Galliano d’être évincé de la maison Dior en 2011. Il se défendait alors en décrivant l’alcoolisme, la dépendance aux psychotropes et le surmenage qui ont longtemps régi son quotidien. Un temps disparu des radars pour suivre des cures de désintoxication, John Galliano réapparaît discrètement en 2013 dans les ateliers du styliste de la haute société américaine Oscar de la Renta, puis aux manettes de la très estimée maison de haute couture française Margiela, de 2014 à 2024. Alors que l’annonce de l’exposition ressuscite les débats autour de la pertinence et de l’existence même d’une « cancel culture », qui vise à disqualifier l’œuvre d’un artiste du fait d’actes répréhensibles, le documentaire High and Low (2024), disponible en VOD, donne de quoi se forger un avis informé. Il décrit avec nuance l’ambiance permissive et excessive de l’époque, et surtout la trajectoire de cette controversée et non moins majeure figure de la mode. « Pensez-vous que la société doive accorder son pardon à John Galliano ? » s’enquiert derrière la caméra le réalisateur écossais Kevin Macdonald auprès d’Anna Wintour, alors rédactrice en chef du Vogue américain et grand soutien du styliste. La question sous-tend les deux heures de ce passionnant document rythmé, résistant à la fascination simpliste pour le milieu, aux clichés des fêtes glamour et des taffetas glissant sous les doigts des premières d’atelier. Aussi, le film s’abstient de tomber dans la facilité du portrait en gloire façon splendeurs et misères. Exercice difficile lorsqu’on prétend croquer celui que tous s’accordent à décrire comme un génie, maître de la coupe, d’une théâtralité romantique éclatante, inventeur du principe de « mode totale » : son esthétique débordait bien au-delà du vêtement, imprégnant les coiffures, le maquillage, la maroquinerie, les parfums, l’image de marque. À la mesure de sa vision démiurgique. De quoi en faire l’un des hommes de mode les plus importants du début du XXIᵉ siècle. Le mystère Galliano « Je pense qu’il est complètement raciste et antisémite. Il ne m’a jamais présenté d’excuses », répond sans hésiter Philippe Virgitti, l’une des victimes du fiel de John Galliano, profondément marqué par l’affaire. Le 12 décembre 2010, le couturier lui a asséné, entre autres insultes : « J’aime Hitler. Des gens comme vous seraient morts. Vos mères, vos aïeux seraient gazés […] Vous êtes laid. » « Il a demandé pardon sept ans après », déplore Sidney Toledano, président-directeur général de Dior au moment des événements. « Je n’ai pas besoin de voir les vidéos. Je le connais. Je sais qui il est », assène de sa froideur habituelle Naomi Campbell, amie du couturier. « Ah bon, ce n’est pas arrivé qu’une fois ? Je ne me souviens plus », répète John Galliano dans le documentaire. Trois injures publiques antisémites ont pourtant été documentées. Le couturier ne peut pas non plus expliquer son choix de porter un costume et une coiffure très inspirés des tenues juives orthodoxes à New York en 2013. « C’était des vêtements de mode », se contente-t-il de dire. Hommage maladroit ? Insulte larvée ? Humour noir ? Le créateur John Galliano se rend au commissariat, à Paris, le 28 février 2011, après avoir été filmé en train de prononcer des injures à caractère antisémites à la terrasse d’un bar. Il sera évincé de la maison Dior dans la foulée et sera condamné à une amende de 6 000 euros. Photo Miguel Median/AFP Le mystère Galliano persiste. Et ce malgré la très riche diversité d’interviewés, ainsi que les poignants face-à-face avec l’intéressé, fixant de ses grands yeux noirs l’objectif de la caméra, quand elle le filme en plans rapprochés comme pour l’ausculter. « La mode a la mémoire courte », constate Robin Givhan, journaliste de mode au Washington Post, couronnée du prix Pulitzer en 2006 pour ses critiques acérées du milieu. « Je ne suis pas surprise de sa résurgence après cette effusion raciste. Il est soutenu par des personnes puissantes, et c’est un homme blanc. » Soutenu certes, mais manifestement pas assez pour jouir d’une reconnaissance institutionnelle de son vivant. High and Low John Galliano, par Kevin Macdonald (1h56). Disponible en VOD sur Canal+ et Apple TV. Découvrir la note et la critique “Gianni Versace. Rétrospective” : au musée Maillol, tout l’univers coloré et baroque d’un styliste prodigue Arts Musées New York Mode Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus