Monde EuropeCrise migratoire. Les services espagnols écartent une attaque militaire marocaine, mais alertent sur de nouvelles formes de déstabilisation autour de l’enclave.articleLecture 4 MinPublié le 31/08/2026 à 16:49En deux jours, 72 000 personnes avaient tenté d’entrer dans l’enclave espagnole, faisant 91 morts selon les chiffres officiels, et au moins 140 selon les associations.REUTERSLes services de renseignement espagnols ont livré leurs premières conclusions sur l’afflux massif de migrants à Ceuta des 30 et 31 juillet. Selon deux rapports du Centre national de renseignement (CNI) consultés par le journal espagnol El País, ils ne disposent pas d’éléments permettant d’affirmer que le Majzén, le cercle de pouvoir entourant Mohammed VI, a planifié l’assaut. En deux jours, 72 000 personnes avaient tenté d’entrer dans l’enclave espagnole, faisant 91 morts selon les chiffres officiels, et au moins 140 selon les associations."Aucun service de renseignement avec lequel le gouvernement espagnol collabore habituellement ne fait apparaître le moindre doute (…) quant à la participation des autorités marocaines", a confirmé le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, au micro de la radio Cadena SER le 31 août.Puissante campagne de désinformation numérique Le Premier ministre socialiste a plutôt pointé une campagne de rumeurs et de désinformation relayée par des réseaux liés "aussi bien à la Russie qu’à Israël, et à une internationale d’ultradroite qui utilise toujours la migration non seulement pour attaquer l’Espagne mais aussi pour diviser l’Europe". En cause notamment selon lui, un arrêt de la Cour suprême du 8 juillet, déformé puis largement diffusé sur les réseaux sociaux par des organisations criminelles de trafic d’êtres humains, qui affirmait qu’un migrant entrant à Ceuta à la nage ne pourrait pas être renvoyé au Maroc, ce qui est faux.La mobilisation numérique malveillante à grande échelle semble avoir parfaitement joué son rôle dans cet événement. Le 29 juillet, le CNI avait alerté les autorités de Ceuta d’un appel à entrer en Espagne le lendemain, relayé par des groupes Facebook comptant jusqu’à 180 000 abonnés. Le mouvement a ensuite pris une ampleur inattendue : des dizaines de milliers de personnes se sont jointes spontanément à l’initiative, après la diffusion virale sur TikTok de vidéos montrant des Marocains entrant dans Ceuta sans rencontrer d’obstacle. Les services ont identifié plusieurs responsables des groupes Facebook et WhatsApp ayant organisé le mouvement, mais n’ont pas pu établir l’implication d’un service secret étranger.Le Maroc pourrait avoir bénéficié de la crise Les renseignements espagnols restent néanmoins plus nuancés sur le rôle d’acteurs marocains, selon le journal espagnol. Ils estiment que le pays a pu tirer parti de la crise pour renforcer sa revendication sur Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles situées sur la côte nord-africaine dont le Maroc conteste la souveraineté. Cette hypothèse s’appuie notamment sur la passivité des forces de sécurité marocaines au moment où la situation était la plus tendue.Celles-ci auraient été pratiquement absentes de la frontière pendant plus de 24 heures, tandis que des images montrant des gendarmes laissant passer des véhicules chargés de migrants sont jugées crédibles par le renseignement espagnol. Mises en regard d’autres informations, elles pourraient suggérer l’implication d’"instances supérieures" marocaines dans l’événement. Les rapports n’établissent toutefois pas que le pouvoir marocain avait organisé l’assaut. Dans les jours suivants, jusqu’à 90 % des personnes entrées sont reparties volontairement, et les forces marocaines ont empêché une nouvelle tentative d’entrée massive le 15 août.Des actions malveillantes probables à venir Les documents officiels consultés par El País exposent par ailleurs des risques pour les prochains mois. Une attaque militaire marocaine contre Ceuta et Melilla est jugée très peu probable, à moins de 10 %, à court ou moyen terme. En revanche, les services estiment probable, jusqu’à 60 %, une augmentation des actions hostiles relevant de la "zone grise", qui désigne des opérations situées entre la paix et le conflit ouvert : campagnes de désinformation, cyberattaques, sabotages ou instrumentalisation des flux migratoires. Une évolution qui illustre comment les flux humains peuvent eux aussi devenir un levier de pression et une arme de déstabilisation géopolitique.
Crise des migrants à Ceuta : ce que dit un rapport des services de renseignement espagnols
Les services espagnols écartent une attaque militaire marocaine, mais alertent sur de nouvelles formes de déstabilisation autour de l’enclave.






