"L'île de Kharg est en train d'être réduite en miettes", a déclaré dimanche 30 août au soir Donald Trump sur Truth Social, accompagnant son message d'une courte vidéo générée par IA montrant l'explosion d'un navire et d'infrastructures énergétiques. A ce stade, rien n'indique que l'île iranienne a effectivement été visée par une attaque. Quelques heures plus tôt, le porte-parole du Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, Tim Hawkins, annonçait toutefois que l'armée américaine avait déjà ciblé "deux lanceurs iraniens sur l'île de Larak", d'où se préparait, selon Washington, une attaque contre le détroit d'Ormuz. Deux personnes sont mortes dans l'attaque. Ce sont les premiers bombardements publiquement reconnus des Etats-Unis contre l'Iran depuis plus d'un mois.Ces attaques sont une nouvelle illustration de la bataille pour le contrôle qui continue autour de l'ultra-stratégique détroit d'Ormuz, par lequel un cinquième des hydrocarbures mondiaux transitait en temps de paix. Actuellement, Téhéran verrouille toujours le passage du détroit d'Ormuz, qu'aucun bateau ne doit traverser sans son autorisation. Les Etats-Unis, eux, poursuivent leur blocus militaire des ports iraniens.Ces dernières semaines, Washington s'était officiellement abstenu de mener des attaques en Iran, privilégiant de lourdes sanctions économiques contre Téhéran et ses partenaires économiques. En dénonçant ces nouvelles attaques, Téhéran a affirmé lundi avoir visé en retour des cibles américaines en Jordanie et aux Emirats.Deux îles stratégiques L'île de Larak se trouve à l'entrée du détroit d'Ormuz, où les Gardiens de la Révolution possèdent d'importantes bases militaires utilisées pour contrôler le détroit. Selon le commandement militaire des Etats-Unis, l'attaque contre l'île de Larak, "limitée et précise", a été lancée parce que l'Iran se préparait à "lancer des roquettes équipées de mines navales dans le détroit".L'île de Kharg, quant à elle, sert traditionnellement de point de transit pour Téhéran pour l'exportation de 90 % de sa production pétrolière. Si l'offensive annoncée par Donald Trump était avérée, elle engendrerait immédiatement une très forte pression sur l'économie iranienne et marquerait une véritable escalade dans le conflit. Pour l'heure, l'Iran a nié toute attaque sur l'île et a répondu que "les tweets de Trump sont risibles et la situation à Kharg est calme et normale". Peu après les attaques, ce lundi matin, les Gardiens de la Révolution ont déclaré que des missiles balistiques avaient été tirés en représailles par l'Iran contre les deux bases militaires américaines situées en Jordanie et aux Emirats, qui auraient servi à lancer l'attaque contre l'île de Larak. L'armée jordanienne a déclaré avoir abattu huit missiles ayant pénétré dans son espace aérien, sans en préciser l'origine. Les Gardiens de la Révolution ont aussi affirmé qu'un "superpétrolier" battant un pavillon inconnu, qui tentait de franchir le détroit d'Ormuz sans l'autorisation de l'Iran, "a été pris dans un immense incendie après avoir heurté deux mines navales et a été complètement immobilisé".L'armée américaine sous tensionCette reprise ouverte des hostilités de la part de Washington intervient alors que, selon des informations du journal américain le Washington Post, plusieurs des plus hauts responsables militaires américains ont récemment mis en garde le secrétaire à la Défense Pete Hegseth contre les conséquences d'une prolongation de la guerre avec l'Iran.Dans un document interne du Pentagone consulté par le journal, le Secretary of Defense Orders Book, les chefs des différents commandements dressent une évaluation des risques jugée "plus alarmante" qu'à l'accoutumée. Des généraux et amiraux y auraient aussi exprimé de manière inhabituellement directe leur désaccord avec les ordres consistant à continuer de transférer des navires, des avions de surveillance et du personnel vers le Moyen-Orient, alors que "la trajectoire de l'opération reste incertaine". Les commandements européen EUCOM et sud SOUTHCOM y avertissent notamment que ces redéploiements affaiblissent leur capacité à assurer leurs propres missions de défense.Selon le Washington Post, le chef des opérations navales, l'amiral Daryl Caudle, est notamment allé jusqu'à prévenir que la marine n'était plus en mesure de soutenir durablement son niveau actuel d'engagement. Il aurait indiqué dans ce document que moins d'un quart de la flotte de destroyers est aujourd'hui prête à être déployée, et que les prolongations de missions gênent la maintenance des navires, rendant difficile leur disponibilité en cas d'autre crise. Toujours selon le journal américain, les stocks d'intercepteurs Patriot, déjà entamés par les livraisons à l'Ukraine, ainsi que ceux de missiles THAAD et Tomahawk se sont fortement réduits, limitant la marge de manœuvre de Washington si le conflit devait encore s'intensifier.
Guerre en Iran : Washington reprend ses frappes et ravive le bras de fer autour d'Ormuz
Après plusieurs semaines d'accalmie, les Etats-Unis ont de nouveau bombardé des cibles iraniennes, faisant craindre une nouvelle escalade autour du détroit d'Ormuz.






