Culture LivresLivres : les choix de L'ExpressCritique. Son premier livre est encensé par la critique de gauche. Les lecteurs découvriront pourtant un ouvrage qui alterne scripts laborieux et dissertations théoriques. Une double peine côté plaisir de lecture.articleLecture 4 MinPublié le 29/08/2026 à 08:00La comédienne Adèle Haenel publie "Viser juste".PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPPLes ventes en librairies sont en chute depuis le début d’année ? Ce ne sont pas les critiques accompagnant la publication du premier livre d’Adèle Haenel qui devraient réconcilier les Français avec la lecture. Pour Le Nouvel Obs, Viser juste n’est rien moins que le roman le plus attendu de la rentrée littéraire. La comédienne a fait la couverture de l’hebdomadaire, qui salue un "texte inventif, surprenant et généreux, qui hybride scénario, essai théorique et récit, mais aussi colère, tendresse et drôlerie". Pas en reste, Les Inrockuptibles encensent un texte "d’une force infinie". Les lecteurs découvriront surtout un ouvrage qui alterne scripts avec dialogues laborieux et dissertations théoriques revenant sur les scènes qu’ils viennent juste de lire. Une double peine côté plaisir de lecture, entre théâtre prétentieux et analyses sociologiques dont le style abscons n'a rien à envier à celui de Judith Butler. L’idée principale de cet essai est que nous serions les acteurs d’un "script social préécrit", mis en scène par le patriarcat, l’hétéronormativité ou le capitalisme, et dont il s’agirait de se libérer. Viser juste se veut une "enquête" sur la "propre disparition" de la comédienne qui, après avoir quitté la cérémonie des Césars en 2020 alors que Roman Polanski recevait la statuette de la meilleure réalisation, a abandonné l’industrie cinématographique en 2023. Adèle Haenel revient sur les épisodes clés de son parcours : débuts précoces au cinéma, emprise et harcèlement sexuel du réalisateur Christophe Ruggia (jamais nommé dans le livre) qui a été condamné à cinq ans de prison, scène des Césars (J’accuse de Polanski se voit qualifié de "nanar à 20 millions"), sortie douloureuse de "l’hétéronormativité"… L’auteure y règle aussi des comptes avec son père et explique ce que ses grands films, de Naissance des pieuvres au Portrait de la jeune fille en feu, lui ont appris sur elle-même. Assignée par le système à un rôle de "jeune première", elle se serait émancipée par le théâtre public et le militantisme d’extrême gauche."Gouttes éparses d'une mémoire archipel"Malgré le caractère parfois grave des sujets évoqués, il est difficile de ne pas sourire en parcourant ce dispositif ampoulé, comme quand l’autrice s’essaye à du Proust : "je vois cette certitude aujourd’hui à l’intersection des perceptions présentes et passées, parmi les gouttes éparses d’une mémoire archipel, dans l’espace morcelé, discontinu de cette enfance effacée". Le souvenir le plus lumineux est pour elle un cours de philosophie en terminale. On découvre qu’une professeure, dans une banlieue rouge (Montreuil), a pu conseiller à ses élèves de résister à l’ordre social forcément "raciste, sexiste et colonial", tout comme au capitalisme : "Travaillez à vous réapproprier votre effort, que le système économique cherchera à aspirer au nom du capital et consacrez, autant que possible, vos forces vitales à vous élever sensiblement / intellectuellement / politiquement / collectivement sur votre propre voie. Celle de la compréhension du monde, de la justice et la lucidité. C’est une pratique expérimentale, collective et bouleversante". Et c’est ainsi qu’on forme des élèves qui deviendront proches de l’organisation Révolution permanente. Viser juste, par Adèle Haenel. L’Arche, 190 p., 17 €.
Le nanar de la rentrée littéraire : comment "Viser juste" d’Adèle Haenel rate sa cible
Son premier livre est encensé par la critique de gauche. Les lecteurs découvriront pourtant un ouvrage qui alterne scripts laborieux et dissertations théoriques. Une double peine côté plaisir de lecture.









