Le premier ETF conçu pour le grand public souffle ses 50 bougies. Cet outil passif est devenu le couteau suisse de l'investisseur. Mais a-t-il atteint l'âge de l'épanouissement? Le résuméLe premier ETF grand public fête ses 50 ans. Le pari de John Bogle, son concepteur, était de faire investir passivement à faible coût en achetant tout le marché plutôt que de chercher à le battre.La multiplication des ETF, notamment thématiques, et le poids de la tech dans le S&P 500 interrogent la diversification réelle des portefeuilles.La bonne tenue de Nvidia, la première capitalisation mondiale, ces derniers jours à Wall Street a bien aidé le S&P 500 à maintenir le tempo. L'indice américain poursuit ainsi facilement le chemin à 11% de rendement annuel qu'il emprunte depuis 50 ans, dividendes réinvestis.Cinquante ans, c'est un paquet d'années. Cinq décennies. J'ai encore un peu de mal à imaginer. Ce n'est que le prochain gros carrefour pour mon agenda. À ce titre, je reçois ces dernières années beaucoup d'invitations de quadragénaires finissants voulant franchir le cap de façon festive. Une question de génération. Sur le message d'invitation d'un financier fraîchement cinquantenaire était marqué: "Si tu n'as pas ton ETF à 50 ans, c'est que tu as raté ta vie...", en référence à la phrase du publicitaire Jacques Séguéla. Une référence pour celles et ceux nés au milieu des années 1970, donc.1.000 milliardsde dollarsLe First Index Investment Trust avait seulement 11,3 millions de dollars d'actifs sous gestion lors de son lancement, en août 1976. En juillet dernier, il a été le premier ETF à franchir les 1.000 milliards de dollars. À cette époque, le lundi 31 août 1976, naissait un autre quinqua bien connu de nos lecteurs. Bien connu, car il ne cesse de grossir sur les marchés. Dans le vocabulaire des boursicoteurs, aussi. Je vous parle du fonds indiciel First Index Investment Trust, devenu au fil du temps VOO pour les intimes. C'est donc initialement l'ETF de Vanguard qui réplique le S&P 500 devenu aujourd'hui l'ETF Vanguard 500 dont la déclinaison cotée porte le ticker VOO. Le premier taillé pour le grand public. Le plus gros du monde, tout simplement. Celui qui, en juillet dernier, était le premier ETF à franchir les 1.000 milliards de dollars d'actifs sous gestion. Pas mal à cet âge. Surtout que son créateur, John Bogle, décédé en 2019, n'avait certainement pas anticipé un tel succès sur la durée. Et encore moins une telle dominance des valeurs technologiques.Le côté "provoc" de John BogleAujourd'hui, des millions d'investisseurs à travers le monde placent chaque mois dans cet ETF une somme identique, ce qu'ils peuvent ou, comme il est conseillé de faire, cet argent dont ils n'ont pas besoin. Des milliers d'autres ETF ont vu le jour et la hype du moment, parmi les plus de 16.000 instruments du genre, ce sont les ETF thématiques construits autour des mégatendances du marché."Ne cherchez pas l'aiguille dans la botte de foin, achetez simplement la botte de foin."John Bogle Fondateur de Vanguard Beaucoup de documentation a été produite depuis la création du VOO pour expliquer la thèse d'investissement de John Bogle. La question de départ formulée par le principal intéressé était simple, car le but était de simplifier la vie de l'investisseur particulier, tout en réduisant les entrées et sorties du marché, chronophages et "brûleuses" de cash. La proposition du fondateur de Vanguard frisait tout de même l'insolence. "Ne cherchez pas l'aiguille dans la botte de foin, achetez simplement la botte de foin", s'amusait-il à conseiller. Autrement dit, pourquoi payer cher une multitude de petites particules pour tenter de battre le marché, quand on peut simplement acheter le marché?Une récolte fructueuse sur le long termeUne part du ticker VOO vous fait gagner du temps et payer moins de frais. Vous pouvez l'acheter sans trop vous poser de questions sur le moment ou le prix. En échange, elle vous garantit de suivre l'évolution du marché, un marché diversifié quasi naturellement et qui, sur du long terme, va vous promettre une récolte fructueuse. C'est clairement ici que se situe la frontière entre l'idéal de John Bogle et le sens que la nouvelle génération d'investisseurs donne à la diversification et à la passivité. Les ETF comme le VOO attirent toujours le chaland. Mais l'engouement des néo-investisseurs pour la multiplication des ETF actifs et des offres dites "thématiques" pose question sur le côté passif de la gestion d'un portefeuille. En plus des grands indices mondiaux, certains ETF suivent un secteur, une région, une classe d’actifs – les obligations ou les cryptomonnaies, par exemple –, une matière première ou un panier de devises. On trouve aussi des ETF actifs, des ETF à effet de levier et des trackers qui suivent le buzz du moment, comme l'ETF... Buzz de VanEck.L'habitude d'investirLe point commun des ETF n'est plus forcément la passivité, induite par cette fameuse "botte de foin" sur laquelle l'investisseur particulier pouvait quasiment piquer un roupillon. Aujourd'hui, celui qui place son argent en bourse a le choix. Il peut même se couvrir ou appuyer une conviction très pointue avec quelques ETF bien choisis. La question de base est moins "Mon ETF bat-il le marché?" que "Suis-je bien exposé?". L'autre transformation majeure que le VOO de Vanguard a apportée dans le monde de la finance, c'est d'avoir transformé l'achat d'un ETF en une habitude. Quelque chose de presque lassant. Nombreux sont les investisseurs particuliers ne jurant que par cet achat régulier, souvent mensuel, du même produit, qu'importe son prix ou la météo. C'est ce qu'on appelle le "dollar-cost averaging (DCA)", un concept théorisé à la fin des années 1940 par Benjamin Graham dans son livre "L'Investisseur intelligent", "le meilleur livre" du genre et "de tous les temps", selon Warren Buffett. Les adeptes du DCA sont têtus. Lors des derniers grands épisodes de volatilité, comme la crise du covid en 2020, la guerre en Ukraine en 2022 ou le Liberation Day l'an dernier, les analystes de Bloomberg Intelligence ont constaté que les adeptes du DCA continuaient en général à verser leurs fonds avec la même discipline. Selon eux, il faudrait un épisode de six à neuf mois de baisse persistante pour que l'investisseur en ETF change de tactique. Enfin, quand on voit la part gargantuesque du secteur technologique dans le S&P 500, le principe de John Bogle, qui était d'acheter le marché, atteint ses limites. Surtout si une multiplication maladroite des ETF vous pousse à être surinvesti dans les mêmes valeurs ou dans un même secteur. En 1976, l'idée centrale était de rendre l'achat de l'indice boursier accessible, ouvert, en le présentant comme une immense botte de foin. Cinquante ans plus tard, les bottes de foin se sont multipliées, ce qui est moins le cas pour les aiguilles.
Le premier ETF grand public est né il y a 50 ans et a chamboulé les habitudes des investisseurs
Le premier ETF conçu pour le grand public souffle ses 50 bougies. Cet outil passif est devenu le couteau suisse de l'investisseur. Mais a-t-il atteint l'âge de l'épanouissement?










