C’est une première. Le festival francilien propose aux personnes aveugles ou malvoyantes de bénéficier de commentaires dans des casques. Un vrai jeu d’équilibriste pour les audiodescripteurs, entre écriture et improvisation. Le festival Rock en Seine, du 26 au 30 août à Saint-Cloud (92), propose un concert par jour en audiodescription. Photo Louis Comar Par Maelis Pinto Publié le 28 août 2026 à 16h31 Sur la pelouse de la grande scène, les basses grondent et la foule s’agite. Mais dans quelques casques audio, une voix plus douce se mêle au concert : « Une musicienne s’installe à la droite du scorpion gonflable » ; « Miki entre sur scène, elle a un chapeau de cow-boy, des lunettes de vue »… Pour la première fois, Rock en Seine, qui se poursuit jusqu’à dimanche dans le domaine de Saint-Cloud, propose un concert en audiodescription chaque jour, en partenariat avec l’association Valentin Haüy qui vient en aide aux personnes déficientes visuelles. L’objectif ? Permettre aux festivaliers aveugles et malvoyants de vivre pleinement l’expérience musicale grâce aux descriptions en temps réel de l’atmosphère, de la scénographie et de l’ambiance. Mercredi, pour l’ouverture du festival, la chanteuse Miki a inauguré le dispositif. Jeudi, Djo (Joe Keery, acteur dans la série Stranger Things) a suivi, précédant Nick Cave & The Bad Seeds, Amyl & the Sniffers, enfin, The Cure pour la clôture. L’accessibilité des personnes aveugles et malvoyantes est un problème en soi, Rock en Seine s’étirant sur près d’un kilomètre. Pour rejoindre les toilettes ou les stands de restauration, des plaques de cheminement sont installées sur certains axes, les chiens guides sont autorisés et des bénévoles accompagnent les festivaliers si besoin. Mais au-delà de la logistique, toute l’expérience des concerts est à adapter, comme l’explique Anne-Gaël Tardieu, responsable de l’association Valentin Haüy, elle-même malvoyante. « Lorsqu’on entend les mouvements de foule et les acclamations et qu’on ne voit pas ce qu’il se passe, c’est extrêmement frustrant. On pense qu’un concert n’est qu’auditif et qu’il n’y a pas besoin de le décrire. Mais ce ne sont pas juste des artistes avec un micro et une guitare. Il y a des jeux de lumière, les costumes, les échanges avec le public. Toutes ces choses-là, sans audiodescripteur, on passe à côté. » Un dispositif “assez exigeant” Raphaëlle Valenti et Morgan Renault se relayent. Les deux autodescripteurs, récompensés aux Marius de l’audiodescription, ont été choisis par l’association Valentin Haüy pour leur maîtrise d’un exercice qui allie écriture et improvisation. Pour Raphaëlle, comédienne voix devenue audiodescriptrice il y a une dizaine d’années, le direct est « sans filet », bien qu’il réclame une préparation. Elle est arrivée plusieurs heures avant le concert de Miki, a observé la scène, interrogé les techniciens, pris des notes. Dans son introduction, elle plante le décor : une pelouse pouvant accueillir trente-cinq mille personnes, une scène de 20 mètres, le logo Rock en Seine qui la surplombe. « Sans ces informations, le spectateur va vivre le concert, certes, mais un peu à l’écart. » Raphaëlle Valenti, audiodescriptrice depuis une dizaine d’années : « Il faut laisser le spectateur se faire sa propre image. » Photo Louis Comar Lorsque l’artiste arrive, il faut choisir. Décrire sa tenue, ses déplacements, son visage… sans tout dire : « Les gens sont là pour l’écouter, pas pour écouter “Raphaëlle” », s’amuse-t-elle. Il faut « faire l’économie des mots », se glisser entre deux paroles sans recouvrir la musique. Pas question non plus d’imposer une émotion : « Si elle a les sourcils froncés et un visage grave, je vais le dire. Mais il faut laisser le spectateur se faire sa propre image. » Décrire sans interpréter. C’est tout le paradoxe de l’exercice : pour être efficace, la voix doit disparaître. « Les auteurs que j’ai pu croiser me disent avoir eu ce défaut de vouloir tout dire au début. Alors que ça vient polluer l’expérience », souligne Anne-Gaël. J’espère que les concerts en audiodescription vont se démocratiser. Pour y parvenir, Rock en Seine doit assurer les coulisses du dispositif. Une cabine est installée derrière la plateforme réservée aux personnes en situation de handicap ; des fréquences spécifiques doivent éviter toute latence entre ce qui se passe sur scène et ce qui arrive dans les casques. « Ça demande un dispositif technique assez exigeant », donc coûteux, reconnaît Laura Wengrow, responsable partenariats et projets RSE (responsabilité sociétale des entreprises) du festival. Qui aimerait pourtant aller plus loin et étendre l’audiodescription à d’autres scènes. Mais l’enjeu dépasse la seule question technique. « On ne veut pas créer des événements spécifiques pour les personnes aveugles et malvoyantes, insiste Anne-Gaël. On veut qu’elles vivent ce que les autres peuvent vivre, de manière la plus autonome possible. » Pour une spectatrice malvoyante ayant assisté au concert de Djo, cette expérience est une découverte : « J’étais plutôt réticente, je me disais que ça pouvait perturber mon attention. Mais c’était super, les indications étaient utiles, cela m’a donné une idée de la disposition sur la scène. » Même satisfaction chez Justine, 27 ans, festivalière achromatopsique qui n’en est pas à son premier concert : « Si Rock en Seine n’avait pas été en audiodescription, je ne serais pas venue. C’est une opportunité de “voir” des détails que les autres aussi peuvent voir, on se met au même niveau. J’espère que les concerts en audiodescription vont se démocratiser. » Sur la plateforme, elle se trouve juste un peu loin du public : « Si je pouvais porter le casque au milieu de tout le monde, ce serait génial. » À réfléchir pour les prochaines éditions. À lire aussi : Rock en Seine 2026 : le festival idéal de Miki, le débrief du concert de Wednesday… Toutes nos vidéos Musique Handicap Rock en Seine Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
“Miki entre sur scène, elle a un chapeau de cow-boy” : à Rock en Seine, des concerts enfin accessibles en audiodescription
C’est une première. Le festival francilien propose aux personnes aveugles ou malvoyantes de bénéficier de commentaires dans des casques. Un vrai jeu d’équilibriste pour les audiodescripteurs, entre écriture et improvisation.










