À la tête de Charleroi danse depuis 2022, Fabienne Aucant entame la saison 2026-2027 avec un équilibre subtil entre grandes signatures de la danse contemporaine et scènes émergentes qui bousculent les codes. Rencontre.Le résuméÀ la rentrée, Vestiaire transforme La Raffinerie en laboratoire de nuit, entre danse, fête et débats.De la résidence à la diffusion, Charleroi danse mutualise pour faire circuler artistes et publics au-delà de ses sites.Pour Fabienne Aucant, la danse se découvre moins par les codes que par le corps, le souffle et l’écoute.À La Raffinerie, ancienne raffinerie sucrière de Molenbeek, on scie, on visse, on assemble avant la rentrée de Charleroi danse. Sous nos yeux prend forme une agora éphémère, prolongée par une porte qui reliera la salle polyvalente – cœur battant du centre chorégraphique de la Fédération Wallonie-Bruxelles – à la cour de Cassonade, investie par Alwakan, lieu culturel naissant dédié à la production créative et à l'économie sociale.Du 5 septembre au 14 novembre, ce morceau d'architecture dessiné par Joseph Wouters accueillera "Vestiaire", un prototype de centre culturel nocturne investi par des DJ, des battles de danse et des débats sur la nuit contemporaine."Cette saison 26-27 est vraiment sous le signe des déplacements et des brèches à ouvrir", résume Fabienne Aucant, la directrice générale et artistique de Charleroi danse. Faire circuler les corps et les publics entre Bruxelles et Charleroi, sortir de la frontalité du plateau et des catégories trop étanches: sa méthode est là.Fabienne Aucant dans l'espace en transformation de la Raffinerie, à Molenbeek. ©Jan A. StaigerUndergroundAprès dix ans aux Halles de Schaerbeek, où elle programmait notamment des lectures-performances, des conférences et des événements politiques, Fabienne Aucant a rejoint Charleroi danse en 2009, avant d’en prendre les rênes en 2022. Son fil rouge est resté le même: "Aller chercher du côté underground, du côté associatif, de ces périphéries artistiques et culturelles."Cette curiosité se prolonge du 6 au 21 novembre avec "En Vogue", festival qui regarde autant du côté du hip-hop et des danses urbaines que du clubbing, du voguing et des artistes contemporains qui s'en inspirent."Toujours aller chercher du côté underground, du côté associatif, de ces périphéries artistiques et culturelles."Fabienne AucantDirectrice de Charleroi danseLe décloisonnement n'a rien d'une opération de récupération culturelle. Il faut, poursuit Fabienne Aucant, "échanger d'abord sur notre philosophie" et veiller à "ne pas instrumentaliser, réapproprier ce terrain de travail, d'entente". La confiance se construit dans le temps, par les artistes eux-mêmes.Soa Ratsifandrihana, nouvelle artiste associée, en est un exemple. Interprète chez Anne Teresa De Keersmaeker, elle fréquentait aussi les soirées Fancy Legs de Charleroi danse, où elle pouvait découvrir d'autres styles et d'autres pratiques. Elle développe aujourd'hui son propre travail.Fabienne Aucant, passionnée de cultures émergentes et alternatives. ©Jan A. StaigerUn modèle singulierCharleroi danse repose sur un modèle singulier. À la fois centre de création, maison de la danse, lieu de diffusion, de résidence, de médiation et de formation, l'institution revendique environ 900 jours de résidence et de création par an. Sur ses 9.000 m², 40% du budget sont consacrés à l'artistique, selon Fabienne Aucant."Lâche et apprécie, juste laisse-toi aller, regarde ce qui se passe, écoute, sens ce qui se passe."Fabienne AucantDirectrice de Charleroi danse"Beaucoup de choses reposent sur nous pour développer le secteur de la danse", reconnaît-elle. D'où le travail engagé en Wallonie, où elle estime l'offre plus inégale qu'à Bruxelles, et les collaborations avec le Palais des Beaux-Arts de Charleroi, L'Éden ou le Central de La Louvière. Partager les coûts, les publics et les risques permet, selon Fabienne Aucant, d'entrer dans une "nouvelle ère" où les institutions cessent de camper sur leur pré carré.Selon une enquête récente menée auprès des publics, environ la moitié des spectateurs des Écuries de Charleroi, l'autre ancrage de Charleroi danse, provient du Hainaut, l'autre moitié, de Bruxelles ou d'ailleurs. La fréquentation oscillerait entre 80 et 90% selon les saisons. Brochures papier, site, bouche-à-oreille et navettes depuis la gare du Midi contribuent à faire circuler les spectateurs.I WANT ABSOLUTE BEAUTY - LAHORDE / PJ HARVEY / IVO VAN HOVE / SANDRA HULLERDe Némo Flouret à (LA)HORDELa saison 2026-2027 en fournit les premiers exemples. À Charleroi, Némo Flouret ouvrira la programmation les 18 et 19 septembre avec "Derniers Feux", pièce pour onze danseurs tout en lumière, scénographie et musique live. Le 1ᵉʳ octobre, Serge Aimé Coulibaly présentera "Back to Kidal", porté par la musique et une mémoire du blues du Sahel.À La Raffinerie de Bruxelles, les 9 et 10 octobre, Bryana Fritz et Thibault Lac signeront "Lick-Horn", inspiré notamment par la célèbre tapisserie médiévale "La Dame à la licorne" et la notion de désir.Puis viendra En Vogue, du 6 au 21 novembre, dont l'un des temps forts sera "Après moi, le déluge", une création de (LA)HORDE pour les danseurs du Ballet national de Marseille. Le festival accueillera aussi Soa Ratsifandrihana, Alice Ripoll, Ana Pi, Sofiane Chalal ou Linda Hayford.Fabienne Aucant mise aussi sur l'internationale et la Flandre. ©Jan A. StaigerRayonnement internationalCharleroi danse mise également sur son rayonnement international à travers EMERGE, projet Interreg réunissant dix partenaires de Wallonie, de Flandre et des Hauts-de-France autour de quinze compagnies.La danse contemporaine peut encore sembler pointue, parfois intimidante. Pour l'apprivoiser, Fabienne Aucant propose de commencer par le corps, le souffle, l'énergie, la musique: "Il faut se faire plus confiance dans le fait qu'on va être touché."Les clés de lecture, les apéros danse et les rencontres peuvent venir ensuite. "Lâche et apprécie, juste laisse-toi aller, regarde ce qui se passe, écoute, sens ce qui se passe", conseille-t-elle. La danse ne parle pas toujours par les mots. Dans la danse, "le sens passe par les corps".→ La nouvelle saison est à retrouver sur le site de Charleroi Danse: charleroi-danse.be"Derniers Feux" de Némo Flouret, à voir les 18 et 19 septembre 2026 à Charleroi danse.
Fabienne Aucant (Charleroi danse): "Dans la danse, le sens passe par les corps"
À la tête de Charleroi danse depuis 2022, Fabienne Aucant entame la saison 2026-2027 avec un équilibre subtil entre grandes signatures de la danse contemporaine et scènes émergentes qui bousculent les codes. Rencontre.








