Monde EuropeLes archives de L'ExpressDans nos archives. L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie est mort à La Haye ce 27 août. Le "boucher des Balkans" avait été arrêté en 2011, après 16 ans de cavale. Par Christian Makarian (en 2011)Publié le 27/08/2026 à 15:58Le général serbe de Bosnie Ratko Mladic quitte une réunion à l'aéroport de Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, le 13 avril 1993. Photo prise le 13 avril 1993. REUTERS/Chris Helgren/File PhotoREUTERSDans L'Express du 1er juin 2011Avec l'arrestation de Mladic, la Serbie exprime son besoin d'EuropeAvec le transfèrement de Mladic, la Serbie ne s'est pas seulement soumise à la pression de la communauté internationale. Elle a démontré sa volonté de combattre ses propres démons pour tourner la page et envisager l'avenir.Il y a tant de bourreaux des peuples encore en liberté que l'arrestation de l'un d'entre eux déclenche spontanément un concert d'applaudissements. De ce point de vue, l'interpellation, au terme de seize années de cavale bénéficiant de complicités diverses, de Ratko Mladic, ancien commandant en chef de l'armée de la République serbe de Bosnie, apparaît comme une victoire hautement symbolique du droit international. A part la Russie, allié inconditionnel des ex-dirigeants serbes, on ne compte plus les gouvernements européens qui se félicitent de la clôture de ce "chapitre très malheureux de l'Histoire" et du nouveau départ ainsi offert à la Serbie. Le procès à venir de Mladic, responsable, entre autres, du massacre de Srebrenica, qui fit 8 000 victimes en 1995, et du siège de Sarajevo (de 1992 à 1995), lèvera en effet un grand obstacle sur la route de l'Union européenne, laquelle conditionne l'intégration future de la Serbie à sa coopération pleine et entière avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).Le rôle clef des Pays-BasCette juridiction, instituée en 1993 par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU pour poursuivre les responsables de violations graves du droit international humanitaire, n'a cessé de réclamer l'extradition de Mladic, ainsi que celle d'un autre grand criminel de guerre, Goran Hadzic, ex-président de l'éphémère république serbe de Krajina (qui regroupait les Serbes de Croatie), toujours recherché. Pareille victoire du TPIY traduit un succès majeur : on peut escompter que la lutte contre l'impunité sera vraiment prise au sérieux par tous ceux qui pourraient recourir au massacre de masse comme à un moyen politique. Les regards se tournent évidemment vers Mouammar Kadhafi et son fils Seïf al-Islam, contre lesquels la Cour pénale internationale (CPI), institution permanente chargée de juger les individus responsables de crimes contre l'humanité, a demandé la délivrance de mandats d'arrêt. Un pays, dont on parle trop peu en France, n'aura cessé de jouer un rôle clef dans cette évolution décisive du droit international : les Pays-Bas, où siègent à la fois le TPIY, la CPI et la CIJ (Cour internationale de justice qui, elle, juge les Etats). L'intransigeance de la nation néerlandaise, d'autant plus inflexible que son contingent de Casques bleus était chargé de la protection de Srebrenica, a clairement porté ses fruits et donne raison à La Haye contre tous ceux (il y en eut en France...) qui voulaient céder mollement à Belgrade.Dans cet effort, très douloureux pour la mémoire nationale, la Serbie ne s'est pas seulement soumise à la pression de la communauté internationale. Elle a démontré sa volonté de combattre ses propres démons pour tourner la page et envisager l'avenir. Après la disparition de l'ancien président serbe Slobodan Milosevic, mort en 2006 dans sa prison de Scheveningen (Pays-Bas), l'arrestation de Radovan Karadzic, président de la Republika Srpska (Serbes de Bosnie), en 2008, et la reconnaissance du massacre de Srebrenica par le parlement de Serbie, en mars 2010, la terre slave, qui inspira à Victor Hugo un des textes fondateurs de l'idée européenne, poursuit à son rythme l'assainissement d'un passé dont elle se serait bien passée. L'Union européenne ne peut se contenter de déclarations de satisfaction. Il lui appartient maintenant de montrer, à son tour, qu'elle sait retrouver le chemin de l'action en favorisant l'accession de la Serbie à l'Union, sitôt que cette dernière aura satisfait aux exigences requises dans les domaines judiciaires et de l'administration publique. En dépit de tous les grincements que provoque désormais le terme d'élargissement, celui-ci est un des plus justifiés à l'heure où la Croatie est sur le point d'achever ses négociations d'adhésion. Une nouvelle bataille d'opinions ; un nouvel élan de conviction.
Décès de Ratko Mladic : derrière son arrestation en 2011, un nouveau départ européen pour la Serbie
L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie est mort à La Haye ce 27 août. Le "boucher des Balkans" avait été arrêté en 2011, après 16 ans de cavale.










