Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Radio France Radio France Radio France Tribune Thomas Legrand Journaliste Un an après une polémique née de l’enregistrement d’images et de sons volés largement diffusé par les médias Bolloré, la direction de Radio France a décidé de ne pas réintégrer l’éditorialiste. Au-delà de sa situation personnelle, celui-ci y voit un signal inquiétant pour la liberté de la presse, explique-t-il dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 16h30, modifié à 16h37 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Au départ, j’ai cru que cette affaire resterait l’affaire Cohen-Legrand [l’enregistrement clandestin d’une conversation entre les journalistes Patrick Cohen et Thomas Legrand et deux responsables socialistes, diffusée en septembre 2025 par le magazine d’extrême droite L’Incorrect]. Mais lorsque des images enregistrées à notre insu ont été transformées en arme politique, elle a changé de nature. Une conversation confidentielle avec des responsables politiques, des propos tronqués et montés de façon malveillante, une phrase détournée de son sens. Puis une polémique et, in fine, la réponse de la présidence de Radio France, un an après, aura été mon invisibilisation totale et durable de l’antenne. J’ai d’abord accepté de me taire. On me disait : « Il faut laisser passer l’orage. » Je ne voulais pas ajouter une crise supplémentaire à celles que traversait déjà le service public. Je crois aujourd’hui qu’il est essentiel que je parle. Non parce que mon sort personnel justifierait une mobilisation particulière. Mais précisément parce qu’il n’est plus le sujet. Ce qui m’est arrivé pose une question plus importante : celle de la défense de l’audiovisuel public et, plus largement, de l’indépendance de la presse. Je ne cherche pas à nier ce qui a pu légitimement choquer dans les images telles qu’elles ont été diffusées. Mais une démocratie ne peut pas réfléchir à la liberté de la presse en faisant abstraction des méthodes employées pour mettre un journaliste en accusation. Journalistes à bannir J’ai été enregistré à mon insu au cours d’une conversation confidentielle avec des responsables politiques, comme les journalistes politiques en ont quotidiennement avec des représentants de tous les partis. Des extraits ont été tronqués et diffusés pour construire une falsification, créer un récit : celui de journalistes du service public conspirant avec un parti politique. En quelques heures, ce récit a envahi les médias du groupe Bolloré et est devenu un fait politique. Des élus ont exigé des sanctions. Certains ont utilisé cette affaire pour mettre en cause l’impartialité de l’audiovisuel public. Une commission d’enquête parlementaire a été créée. D’autres ont réclamé la privatisation de France Télévisions et de Radio France. Il vous reste 66.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.