Voici "Kokuhô", le film qui a défrayé la chronique au Pays du Soleil Levant: hommage au théâtre traditionnel japonais, mais aussi une œuvre monumentale, capable de réconcilier tradition et modernité…Le résuméÀ Nagasaki, en 1964, l’assassinat d’un chef yakuza bouleverse le destin de Kikuo, jeune acteur de kabuki.Recueilli par Hanjiro Hanai, il grandit aux côtés du fils du maître: une rivalité artistique et familiale s’installe.Lee Sang-il dirige Ken Watanabe et deux jeunes comédiens formés pendant un an à l’art de l’onnagata, les rôles féminins du kabuki.Nagasaki, 1964. C’est la fête du Nouvel An chez les Tachibana. Dans la grande pièce de réception, les invités, accroupis par petits groupes autour des tables, boivent le saké et parlent fort. Soudain la maîtresse de maison fait irruption, toute excitée: il vient d’arriver! Il, c’est Hanjiro Hanai, le maître incontesté du kabuki, acteur adulé, de passage dans la région. Madame s’empresse de présenter le maître à son mari, qui lui demande de s’installer pour dîner. Mais avant cela: surprise!12millionsLe nombres de spectateurs japonais de «Kokuhô».On tamise les lumières, une cloison s’ouvre sur un décor, et deux acteurs entrent en scène, pour un semblant de kabuki. Hanjiro semble hypnotisé: le jeune acteur qui tient le rôle féminin est vraiment troublant. La scène se finit sous les applaudissements, mais, alors que les deux ados se démaquillent, branle-bas de combat dans la maison: un gang rival essaie de forcer les portes, on en veut à la vie du chef de clan. Dans le tumulte sanglant, l’acteur Hanjiro tente de protéger le jeune homme, toujours à moitié costumé, qui n’a plus d’autre choix que d’assister, impuissant, à la mise à mort de son père…KOKUHO | Official Trailer | Experience It In IMAX®Vengeance et… art dramatiquePouvoir, vengeance, code d’honneur, filiation et… art dramatique. Tels sont les ingrédients improbables de cette gigantesque fresque. L’idée qui sert de cœur au récit? Que les dynasties peuvent empoisonner les générations, que l’on évolue dans le monde cruel de la pègre, mais aussi celui… de l’art et du théâtre. Car, on l’a deviné, Hanjiro va prendre le jeune orphelin Kikuo sous son aile… Hanjiro qui a bien sûr déjà un fils censé lui succéder…Avec ses 12 millions d’entrées au Japon, le film fait figure d’"Intouchables", ou plutôt de "Comte de Monte-Cristo". Pourtant, le sujet pouvait sembler très culturel pour un tel succès: le kabuki est quand même une forme de théâtre extrêmement codifiée, où les saynètes sont immuables depuis des décennies, voire des siècles, et où l’intrigue n’a pas un intérêt prépondérant: c’est l’intensité de l’interprétation qui fait tout, dans la perfection des gestes, des voix, des pauses.Lee Sang-il a bénéficié ici d’un budget considérable, dédié à la reconstruction des scènes de kabuki. ©GKIDS FilmsDécors plus qu’à la hauteurC’est cette dimension qui fascine ici: le réalisateur nippo-coréen Lee Sang-il laisse beaucoup de place au théâtre, qui permet aux deux jeunes rivaux tour à tour de creuser la complicité, ou de s’affronter. Déjà à la tête de plusieurs épisodes de la série culte «Pachinko», il a bénéficié ici d’un budget considérable, dédié à la reconstruction des scènes de kabuki et à la confection de dizaines de costumes traditionnels nécessaires. Un travail visuel complété par le travail du mythique directeur photo Sofian El Fani ("La Vie d'Adèle", "Timbuktu").La force du film repose aussi grandement sur son casting. Ken Watanabe, déjà vu dans "Le Dernier Samouraï", "Inception" ou "Les lettres d'Iwo Jima", insuffle une sévérité magnétique au personnage du vieux maître régnant sur sa troupe. Face à lui, deux jeunes comédiens, qui se sont initiés intensivement à l'art des rôles féminins (onnagata) pendant plus d'un an, pour un résultat confondant. Le film a été présenté à Cannes, à la Quinzaine des cinéastes, ce qui prouve que la Sélection officielle n’a pas le monopole des fresques historiques habitées, où sous le maquillage blanc de lait traditionnel, suinte la vengeance, par théâtre interposé.Ken Watanabe and Director Sang-il Lee Dive Into the World of Kabuki in 'Kokuho' at Cannes