Diffusée en France par Netflix et France.tv, les aventures de Masha, une petite fille russe, et son ami ours Michka, sont vues par l’Ukraine comme un outil de propagande. Qui « n’a pas sa place sur les écrans des enfants », selon la ministre ukrainienne de la Culture. Masha et Michka au cinéma, en 2017, par le réalisateur Oleg Kuzovkov. Photo by Animacrord / Collection Christophe, via AFP. Par Laurence Le Saux, avec AFP Publié le 22 août 2026 à 11h29 L’Ukraine a annoncé des sanctions destinées à limiter la diffusion d’une célèbre série animée russe, Masha et Michka, mettant en scène les aventures d’une petite fille et d’un ours balourd, retraité d’un cirque. Elle est accusée de véhiculer la propagande russe auprès des plus jeunes. Kiev estime qu’elle constitue un outil de puissance culturelle pour Moscou et contribue à donner une image positive du pays, l’ours brun étant un symbole souvent utilisé pour représenter la Russie. « La propagande russe n’a pas sa place sur les écrans des enfants, ni en Ukraine ni ailleurs dans le monde », a affirmé vendredi la ministre ukrainienne de la Culture, Tetiana Berejna. Ces sanctions créent « une base légale pour bloquer ce contenu en Ukraine » et pour demander « aux plateformes internationales d’en restreindre la monétisation et la diffusion », selon elle. Les mesures prises par l’Ukraine visent notamment les créateurs russes du dessin animé et leur studio, selon le décret publié jeudi soir par la présidence ukrainienne. La série « véhicule des récits pro-russes déguisés en contenus pour enfants » et génère des revenus d’impôts pour le pays, d’après ce document. Fin juin, l’Ukraine avait protesté contre l’achat par Netflix des droits de deux nouvelles saisons et l’extension de sa licence pour cette série animée, dont le nom russe se traduit par « Macha et l’ours ». Interrogé vendredi sur ces sanctions, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskova, a répondu que « l’Ukraine a déclaré la guerre aux dessins animés ». Masha et Michka « ont conquis le monde entier » et ne promeuvent que « les meilleures qualités humaines », a-t-il assuré. L’Ukraine, qui combat l’invasion russe à grande échelle depuis 2022, tente de limiter la puissance culturelle de la Russie en poussant à son exclusion des milieux du sport, du cinéma ou encore de l’art. Les Ukrainiens se sont détournés des films, séries, livres ou musiques russes, à l’influence jusqu’alors majeure dans leur pays. Une polémique aussi en Angleterre La série Masha et Michka, lancée en 2009 par le studio russe Animaccord, est diffusée par des chaînes télévisées à travers le monde ainsi que sur YouTube. Sa chaîne YouTube en ukrainien compte plus de 18 millions d’abonnés et cumule des centaines de millions de vues. En France, plusieurs saisons de Macha et Mishka sont disponibles sur France.tv et Netflix. Deux longs métrages sont sortis au cinéma : Masha et Michka débarquent au cinéma !, en janvier 2017, et Le Parc des merveilles, en avril 2025. En Angleterre, les aventures de la fillette et de l’ursidé ont récemment suscité la controverse, une cinquantaine de députés exigeant leur retrait des plateformes, dénonçant une forme de propagande et de « militarisation » des enfants, selon The Guardian. Les politiciens évoquent ainsi un épisode dans lequelle Masha est représentée portant ce qui semble être un casque de conducteur de char et un uniforme de l’époque soviétique. Ainsi qu’un autre épisode où elle porte, selon eux, ce qui s’apparente à une casquette de garde-frontière soviétique, historiquement associée au NKVD — l’agence de police secrète de l’Union soviétique. Ils rappellent que cette agence était « responsable de déportations massives, d’exécutions et de la persécution de dizaines de millions de personnes ». Ils soulignent aussi que ces images ont été utilisées sur le compte X en anglais du studio russe de la série, Animaccord. Et pointent la légende accompagnant la publication : « Une vraie fille de l’armée avec un filet à papillons ! Hourra, je suis dans l’armée maintenant ! ». À lire aussi : Le succès improbable d’un film d’animation chinois fait avec trois bouts de ficelle Société Enfants Ukraine Plateformes Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus