Devenu une blague virale, “Niu Lai”, un film autoproduit au budget dérisoire et conçu n’importe comment, a attiré un nombre inattendu de curieux en Chine. Et est en passe de rafler la mise. Un film d’animation où les personnages ont des expressions aussi subtiles que celles d’une actrice qui aurait abusé du botox. Photo Yumeng Xin Par Mathieu Favier Publié le 21 août 2026 à 16h10 Dans toute la salle, des rires à gorge déployée. Une hilarité générale provoquée par un one-man show désopilant ? Non, par la projection d’un film d’animation devenu une blague virale sur les réseaux sociaux : Niu Lai, de Xin Yumeng. Sorti en Chine le 5 août sans aucune campagne promotionnelle, il aurait pu tomber dans les limbes, ne réunissant au cours de ses dix premiers jours d’exploitation que deux cents curieux téméraires. C’était compter sans la magie d’Internet… Avec son budget dérisoire d’environ 13 000 euros, Niu Lai est désormais en passe de s’imposer comme une affaire en or, ayant déjà engrangé environ 2,3 millions d’euros, en date du 17 août. Une plaisanterie rentable à laquelle peu de monde croyait, surtout pas son distributeur : après visionnage du produit final, il aurait tenté de dissuader son réalisateur débutant de le sortir sur grand écran. Ce dernier s’est entêté et a bénéficié d’un bouche à oreille original, puisque les moqueries en ligne des premiers spectateurs ont provoqué la curiosité d’autres internautes, qui se sont à leur tour déplacés pour voir l’étendue du désastre d’une durée de 1h26. Un graphisme simpliste et un doublage très approximatif Dans une certaine mesure, ce succès traduit aussi le rejet par le public de l’intelligence artificielle (IA). Ainsi, un internaute, en réponse à un extrait du film, écrit : « Je respecterai toujours davantage le plus hideux des films d’animation réalisés par des êtres humains que l’animation la plus lisse faite avec l’intelligence artificielle. » De fait, l’esthétique du long métrage est, à tout le moins… brute. Le graphisme, simpliste et anguleux, rappelle celui du jeu vidéo Animal Crossing, sorti sur GameCube en 2001, dans des décors géométriques façon Minecraft. Les personnages se déplacent à la vitesse d’un paresseux, tandis que leurs expressions sont aussi subtiles que celles d’une actrice qui aurait abusé du botox. Le tout jouit d’un doublage très approximatif, où le son et l’image ne coïncident pas toujours. Découvrir la note et la critique “Ne Zha 2”, de Yu Yang : que vaut le film d’animation chinois phénomène ? Niu Lai, dont on peut traduire le titre par L’Arrivée du bœuf, raconte le parcours initiatique d’un veau découvrant la vie à travers une succession de rêves, au cours desquels il rencontre une alouette et un léopard. Il fallait y penser (ou pas). Les médias n’y sont pas allés de main morte non plus, ainsi le titre en ligne Pengpai : « La qualité de la production est incroyablement mauvaise […] et l’intrigue manque cruellement de substance. » Il n’empêche, l’histoire derrière la conception du film est attendrissante : Sun Lifang et Xin Yumeng, mère et fils, ont travaillé sur le projet pendant cinq ans. Le tandem s’est occupé de toute la chaîne de production, scénario, montage, doublage. « Pour réaliser ce genre de film, il faut du matériel, comme des ordinateurs, des cartes graphiques, etc. Mais le prix monte vite et nous ne pouvions pas nous le permettre », se justifie le réalisateur auprès du média hongkongais Sing Tao Global. Plus que d’un film, le voilà auteur d’un phénomène : les dernières projections tablent sur plus de 17 millions d’euros de recettes… Cinéma Réseaux sociaux Cinéma d'animation Cinéma chinois Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Le succès improbable d’un film d’animation chinois fait avec trois bouts de ficelle
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