Monde AmériquesDonald TrumpEtats-Unis. Le président américain souhaite une modification esthétique de ces futurs bâtiments de guerre, une demande jugée coûteuse par les spécialistes. Par Alexis Da SilvaPublié le 15/08/2026 à 17:18PHOTO D'ARCHIVES : Le porte-avions USS Abraham Lincoln , de classe Nimitz, de l'US Navy , navigue en soutien à l'opération Epic Fury contre l'Iran depuis un lieu tenu secret le 3 mars 2026. US Navy/Photo fournie par REUTERS.via REUTERSUne nouvelle esthétique qui ferait écho à celle des bâtiments de guerre en service durant la Seconde Guerre mondiale. C'est la volonté de Donald Trump pour ses futurs porte-avions, poussant la Navy à envisager de déplacer vers l’avant, davantage vers le milieu du navire, "l'îlot", soit la tour de plusieurs étages qui sert de centre de commandement, rapporte le Washington Post.S'il était mis en œuvre, ce changement constituerait la deuxième modification majeure de conception provoquée par le président, après avoir publié le 13 août un mémorandum sur la sécurité nationale ordonnant à la Navy d’élaborer un plan visant à revenir, pour les porte-avions qui seront bientôt construits, à des catapultes fonctionnant à la vapeur - des systèmes qui permettent de propulser les avions à réaction depuis le pont d’envol des navires.Mais la marine américaine ne voit pas cette demande d'un très bon œil, qui serait coûteuse en temps et en argent. Durant le premier mandat présidentiel de Donald Trump, au cours duquel cette piste avait déjà été évoquée, une étude avait conclu que déplacer l’îlot pourrait coûter plusieurs milliards de dollars en frais de refonte et retarder considérablement le programme de construction de nouveaux engins, selon une source citée par le média américain.Dix nouveaux porte-avionsD'après ce plan, jusqu’à dix porte-avions de la classe Ford doivent être construits au cours des quarante prochaines années, pour un coût estimé à terme à 22 milliards de dollars par navire, selon le Congressional Budget Office, un organisme indépendant, et le dernier plan de construction navale de la Navy. Déplacer l’îlot représenterait alors "une refonte majeure", estime Bryan Clark, ancien officier de la Navy et spécialiste des questions navales au Hudson Institute, un groupe de réflexion conservateur basé à Washington. Une telle modification bouleverserait la conception du porte-avions, en affectant notamment sa flottabilité et la répartition de son poids, tout en entraînant des coûts considérables.D'autant que trois porte-avions de la classe Ford se trouvent actuellement à différents stades de développement. L’USS John F. Kennedy effectue déjà des essais en mer et se rapproche de son entrée en service dans la flotte, tandis que l’USS Enterprise et l’USS Doris Miller sont en construction. Le premier porte-avions de cette classe, l’USS Gerald R. Ford, est déjà en service et a récemment achevé une longue mission de combat au Moyen-Orient."Ressusciter" le secteurL’intérêt du président américain pour cette modification de conception illustre l’influence croissante de la Maison-Blanche sur les mécanismes complexes de la construction navale militaire. Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a promis de "ressusciter" ce secteur industriel en difficulté et a déjà signé plusieurs décrets visant à s’attaquer à cette question. L’année dernière, il a par exemple dévoilé des projets pour une nouvelle classe de cuirassés destinée à concrétiser sa vision d’une "Golden Fleet" ("flotte dorée"), un projet jugé inutile et dispendieux par de nombreux analystes spécialisés dans les questions navales, ainsi que par des parlementaires. Le Congressional Budget Office a depuis estimé que les cuirassés de la "classe Trump" coûteraient environ 275 milliards de dollars sur trente ans, pour un coût de 18 milliards de dollars par navire une fois le premier achevé.Cette question est pourtant centrale, car la flotte de surface américaine souffre depuis des années de retards dans les opérations de maintenance et de faibles taux de disponibilité, en partie en raison de la fréquence avec laquelle les précédentes administrations américaines ont déployé des porte-avions pour répondre aux crises internationales. Dans le contexte de la guerre en cours contre l’Iran, le Pentagone sous Trump a encore davantage mis à contribution la disponibilité de sa flotte de porte-avions, en renforçant la présence de moyens navals au Moyen-Orient afin de mener des frappes et de faire respecter un blocus des ports iraniens.L’USS Gerald R. Ford a lui aussi connu un déploiement prolongé, qui s’est achevé plus tôt cette année après qu’un incendie a rendu inhabitables les quartiers de nombreux membres d’équipage. La Navy a également reconnu que son plus récent porte-avions avait rencontré des dysfonctionnements au niveau du système de collecte, de stockage et de transfert sous vide alimentant les centaines de toilettes présentes à bord.Résultat : des élus démocrates ont demandé cette semaine au secrétaire à la Défense Pete Hegseth d’enquêter sur de nouveaux rapports faisant état d’une dégradation rapide des conditions à bord de l’USS Abraham Lincoln, déployé au Moyen-Orient depuis novembre et dont l'équipage a passé 200 jours en mer sans escale dans un port lui permettant de se reposer. Donald Trump, de son côté, a assuré aux journalistes que le temps passé en mer par le Lincoln n’avait été "pas assez long, loin de là". Le navire doit être relevé par l’USS George Washington dans les prochaines semaines.