Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Rassemblement national (RN) Rassemblement national (RN) Rassemblement national (RN) Tribune Salwa Lakrafi Coach vocale L’artiste est visé par une plainte pour injure publique. Une façon pour le RN de jauger la capacité de l’appareil judiciaire à intimider la culture populaire, dénonce la coach vocale Salwa Lakrafi, dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 14h30 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés La nouvelle est tombée avec la patine des longues procédures judiciaires. Deux ans après la sortie du morceau engagé No Pasaran par une vingtaine de rappeurs, au lendemain du premier tour des élections législatives de 2024, dominé par le Rassemblement national, le rappeur Kerchak fait l’objet d’une plainte pour injure publique déposée par Jordan Bardella. En cause ? Un passage de son couplet : « On vote pas Marine et baise la mère à Bardella. » L’attaque judiciaire se concentre ici sur une invective à caractère sexuel et familial visant la mère du président du Rassemblement national (RN). Que les esprits littéraux se rassurent, et que les amateurs d’exclusivités croustillantes passent leur chemin : Kerchak ne vient pas de nous révéler une liaison secrète avec la mère du responsable politique d’extrême droite. Pourtant, cette procédure étonne. Depuis plus de trente ans, on connaît les relations conflictuelles entre le rap français et le monde politique, mais, jusqu’ici, face aux insultes ad hominem, les dirigeants politiques préféraient s’abstenir de poursuites afin de ne pas offrir une promotion gratuite aux artistes. La plupart des actions engagées ciblaient des menaces de mort, de la diffamation ou des provocations à la haine visant les forces de l’ordre et les institutions. Mais ce qui est frappant ici, c’est la rigueur méthodique de la démarche : depuis deux ans, Jordan Bardella a renouvelé scrupuleusement, tous les trois mois, les actes de procédure nécessaires pour empêcher la prescription propre à l’injure publique. Prendre ce type de texte au premier degré, le traiter avec la rigueur d’un constat d’huissier ou d’un document d’état civil, constitue un contresens culturel majeur. Derrière l’ironie de la situation se joue pourtant un arbitrage fondamental pour notre Etat de droit : la justice doit-elle s’effondrer face à l’outrance d’une punchline ? Droit à l’exagération Pour mieux comprendre cette offensive judiciaire, rappelons l’histoire de la satire. La France, pays de la liberté d’expression, est, par tradition, la patrie de la satire et de la caricature. De Rabelais à la presse satirique moderne, en passant par les pamphlets du siècle des Lumières, la dénonciation du pouvoir fait partie de notre socle culturel. Mais cette liberté n’a pas toujours été une évidence et son histoire est celle d’un long combat contre la censure d’Etat. Il vous reste 61.85% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Plainte de Jordan Bardella contre le rappeur Kerchak : « Judiciariser une punchline relève soit d’une cécité culturelle, soit d’un contresens volontaire »
TRIBUNE. L’artiste est visé par une plainte pour injure publique. Une façon pour le RN de jauger la capacité de l’appareil judiciaire à intimider la culture populaire, dénonce la coach vocale Salwa Lakrafi, dans une tribune au « Monde ».






