Monde Asie - PacifiqueIntelligence artificielle. Début juillet, l'île revendiquée par Pékin a été la cible d'un piratage de ses services gouvernementaux mené exclusivement par l'IA. Par Alexis Da SilvaPublié le 15/08/2026 à 11:28La course à l'automatisation par l'IA suscite de nombreux risques, notamment pour l'emploi et la sécurité. Des solutions existent pour s'en prémunir, distingue une récente étude menée par le CRiP et l'Institut Jacques Delors. (Illustration)REUTERSC'est une première, qui marque un pas de plus dans le recours à l'intelligence artificielle (IA). Des pirates informatiques suspectés d'être liés à la Chine ont utilisé des outils d’IA accessibles au public pour compromettre des sites gouvernementaux à Taïwan, sans aucune intervention humaine. Pendant quatre jours, au début du mois de juillet, le logiciel utilisé a déployé simultanément jusqu’à huit agents autonomes qui ont cartographié, sans aucune directive, 21 systèmes gouvernementaux, recherché des vulnérabilités et modifié leur stratégie lorsqu’ils étaient bloqués, rapporte le Financial Times.Cette "équipe" 100 % virtuelle a compromis au moins 85 comptes d’utilisateurs gouvernementaux et extrait plus de 2 500 dossiers de personnels, avant d’étendre l’attaque à l’agence taïwanaise chargée de la sûreté nucléaire et à au moins sept entreprises du secteur de l’énergie, selon des chercheurs de Dream, une entreprise israélienne spécialisée dans l’IA qui a été la première à identifier l’intrusion. Pour ces spécialistes, l’aspect le plus frappant de cette attaque était la manière dont l’outil classait et réévaluait en permanence les différentes voies d’attaque possibles en fonction des éléments dont il disposait. Lorsqu’une méthode d’attaque échouait, l’outil déployait en effet un autre agent pour parcourir Internet à la recherche d’informations et élaborer une nouvelle approche, comme l’aurait fait un hacker humain.Des modèles plus puissants"Les modèles continuent de gagner en puissance, y compris les modèles open source, rendant des capacités de raisonnement avancées accessibles à tous ceux qui disposent du matériel nécessaire", avertit l'entreprise, qui estime que les gouvernements actuels "ne sont pas prêts à faire face à cette menace émergente". "Nous voyons de plus en plus d’acteurs malveillants exploiter l’IA pour des opérations offensives autonomes. Mais construire un système qui fonctionne à ce niveau demande plus de travail que de 'simplement' exécuter un modèle. Il exige un ajustement minutieux (...) Cette même sophistication doit désormais exister du côté de la défense", poursuit-elle. Cet événement intervient alors que les secteurs de l’IA et de la cybersécurité s’interrogent sur la capacité des modèles les plus récents à identifier et exploiter des vulnérabilités informatiques. Anthropic, OpenAI et Meta ont également signalé que de nouveaux modèles d’IA avaient lancé des cyberattaques inattendues lors de tests. Mais selon Amir Becker, directeur de la stratégie de Dream, jamais une attaque "autonome de bout en bout" contre une cible gouvernementale n'avait été menée jusqu'à juillet. Des millions de cyberattaquesUn porte-parole du ministère taïwanais des Affaires numériques a refusé de commenter le piratage auprès du Financial Times, invoquant des questions de confidentialité. Il a ajouté que tous les incidents "impliquant des organismes gouvernementaux ou des infrastructures critiques seront traités conformément aux procédures établies de signalement et de réponse", tout en reconnaissant que "les agents d’IA ont introduit deux nouveaux défis pour la défense des réseaux : les attaques sont automatisées et les agents d’IA eux-mêmes deviennent de nouvelles vulnérabilités". Si Dream n’a pas attribué l’attaque à un groupe précis, les chercheurs ont estimé que l’utilisation du chinois simplifié dans les communications internes liées au piratage indiquait une forte probabilité que l’opérateur soit lié à la Chine. En outre, dans son rapport de janvier, le Bureau de la sécurité nationale de Taïwan indiquait que l’île faisait face en moyenne à 2,6 millions de cyberattaques chinoises par jour en 2025, soit une hausse de 6 % par rapport à l’année précédente. Pékin considère en effet Taïwan comme faisant partie de son territoire et menace de l’annexer par la force si Taipei refuse indéfiniment de se soumettre à son contrôle. Contactées à propos de cette nouvelle cyberattaque par le Financial Times, les autorités chinoises n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.