Monde AmériquesEtats-Unis. Après neuf mois en mer, l’USS Abraham Lincoln fait l’objet d’alertes sur les conditions de vie de ses 5 000 marins et leur santé mentale, jusque devant le Congrès américain. Par Marion ProstPublié le 14/08/2026 à 14:45Le porte-avions américain, parti de San Diego le 21 novembre dernier, a vu son déploiement prolongé à plusieurs reprises après sa redirection vers le Moyen-Orient pour participer aux opérations américaines liées à la guerre avec l’Iran.US Navy via REUTERSSur un porte-avions, tout est prévu pour durer : le déploiement de l’USS Abraham Lincoln en teste le principe. Le porte-avions américain, parti de San Diego le 21 novembre dernier, a vu son déploiement prolongé à plusieurs reprises après sa redirection vers le Moyen-Orient pour participer aux opérations américaines liées à la guerre avec l’Iran. Avec plus de 5 000 marins à son bord et aucune date officielle de retour, le navire fait désormais l’objet d’alertes sur les conditions de vie et la santé mentale de son équipage. Ces derniers jours, l’inquiétude a pris une nouvelle tournure. Navy Times et Stars and Stripes, deux médias spécialisés dans les affaires militaires américaines, ont rapporté plusieurs tentatives de marins de passer par-dessus bord. CNN a depuis confirmé qu’un membre de l’équipage avait sauté à la mer le 3 août, avant d’être récupéré par hélicoptère moins d’une heure plus tard et transféré hors du navire pour recevoir des soins.Le quotidien sous pressionÀ bord, les témoignages recueillis par les médias américains décrivent d’autres épisodes du même ordre. L’épouse d’un marin affirme que son mari a tenté de sauter après les prolongations successives de la mission. Une autre raconte que le sien a retenu un camarade qui s’apprêtait à passer par-dessus bord. La US Navy assure de son côté ne pas avoir constaté d’augmentation des signalements d’idées suicidaires ou de tentatives de suicide à bord. Elle rappelle que des médecins, des spécialistes de santé mentale et des aumôniers accompagnent l’équipage. Mais le sujet a fini par remonter au Congrès : lors d’une réunion organisée à San Diego avec environ 200 proches de membres d’équipage, les familles ont évoqué des problèmes de plomberie, des douches touchées par la moisissure, des machines à laver hors service, des périodes sans eau chaude et des pénuries de produits d’hygiène. Le représentant démocrate californien Mike Levin a également relayé le cas d’un repas réduit à une demi-tasse de riz et deux tortillas. Un proche interrogé par la BBC assure, lui, qu’un marin de sa famille a perdu 29 kilos depuis le début du déploiement. Le quotidien à bord ajouterait aussi ses propres contraintes. Les porte-avions fonctionnent jour et nuit : moteurs, vibrations, décollages et atterrissages se succèdent sans véritable interruption. Un membre de la famille d’un marin a décrit à la BBC cette absence de répit, tout en rappelant que l’équipage connaissait les exigences de la mission. Le problème soulevé tient plutôt à leur accumulation : durée exceptionnelle, très peu d’escales et conditions de vie dégradées selon plusieurs témoignages.Ces quelques escales se comptent presque sur les doigts d’une main. Depuis son départ de Californie, l’équipage n’aurait passé que deux journées à terre : l’une à Guam en décembre, l’autre à Oman en juillet. Entre les deux, le Lincoln a enchaîné plus de 200 jours sans véritable arrêt au port, un record moderne pour un porte-avions américain. La mission devait pourtant s’achever en mai. L’autre côté de la choseLa Navy ne nie pas la longueur exceptionnelle de la mission, mais conteste le tableau dressé ces derniers jours. Elle affirme que l’équipage dispose actuellement d’eau potable, de climatisation et de repas adaptés. Les combats ont en revanche perturbé les circuits habituels de ravitaillement, obligeant l’armée à établir un ordre de priorité assez simple : nourriture d’abord, produits d’hygiène ensuite, courrier enfin. Pete Hegseth, le secrétaire américain à la Défense, estime de son côté que les conditions à bord ont été présentées de manière très exagérée et assure que les bâtiments reçoivent tous les moyens disponibles.C’est précisément cette question qui intéresse désormais plusieurs élus au Congrès. Dans une lettre adressée au Pentagone, le sénateur démocrate Richard Blumenthal ne demande pas seulement des explications sur les pénuries ou l’état des installations. Il s’interroge sur la capacité de l’US Navy à maintenir un tel rythme si Washington entend conserver durablement des porte-avions dans la région. Le problème du Lincoln dépasse donc progressivement le Lincoln : il concerne la durée pendant laquelle une marine peut solliciter ses équipages sans affecter leur disponibilité pour les missions suivantes. Entre-temps, la relève est en route : l’USS George Washington, sorti d’une escale au Vietnam le 5 août, doit rejoindre le Moyen-Orient pour remplacer l’Abraham Lincoln. Un responsable américain précise que cette rotation était prévue avant les révélations de ces derniers jours. Reste à savoir quand le Lincoln pourra effectivement quitter la région. Interrogés par les familles, les responsables de la Navy n’ont pas donné de date, invoquant la sécurité opérationnelle. Après neuf mois de mission, le retour existe donc bien dans le programme, en attendant son apparition dans le calendrier.
USS Abraham Lincoln : après neuf mois en mer, la santé mentale de l'équipage inquiète
Après neuf mois en mer, l’USS Abraham Lincoln fait l’objet d’alertes sur les conditions de vie de ses 5 000 marins et leur santé mentale, jusque devant le Congrès américain.










