Un an et une semaine après la parution de son superbe troisième album, when i paint my masterpiece, la Montréalaise Ada Lea a vidé ses fonds de tiroir pour assembler le minialbum the end is a wave, fait de six précieuses inédites, d’anciens enregistrements et de chutes de studio, ainsi que d’une reprise d’une chanson de son idole Leonard Cohen. « Je me sens comme si j’étais la personne à Montréal la plus connectée à lui ! » affirme l’autrice-compositrice-interprète indie rock, qui annonce au Devoir déjà plancher sur son prochain album.« Je me dis parfois : Ah ouais, je connais Leonard Cohen, même si je ne l’ai jamais rencontré et que nous n’avons personne en commun, ni aucun lien, lance Alexandra Levy. C’est une étrange impression… Plusieurs personnes se sentent aussi liées à lui, parce que sa musique a touché tant de gens. »Un délicieux sens du récitL’automne dernier, Ada Lea donnait un concert à New York en première partie de Kevin Barnes, leader du groupe of Montreal. Elle a traîné quelques jours de plus dans la métropole avec les amis, l’une d’elles habitant le quartier Chelsea, à Manhattan, où se trouve le célèbre hôtel, sis 23rd Street.Repaire d’artistes, l’hôtel (et coopérative d’habitation) a accueilli des grands de la musique et des lettres, de Mark Twain à Janis Joplin, Arthur Miller, Patti Smith, Dylan, et Cohen, qui y composa la chanson que reprend Alexandra, Chelsea Hotel #2. « C’est étrange, j’ai étudié à New York, j’y ai habité, mais il ne m’était jamais passé par la tête de visiter les lieux. »« En nous baladant le lendemain de mon concert, nous sommes passées par hasard devant l’hôtel, poursuit Alexandra. Nous y sommes entrées, juste pour jeter un œil, en se disant qu’après s’être habillés chic, il fallait revenir y prendre un verre. » Les amies n’ont pris qu’un verre, à tel point que l’impatient barman leur a montré la porte ; elles se sont accroché les pieds entre deux pièces où traînait un piano, pour en jouer le reste de la soirée. « On se disait qu’on pourrait rester au Chelsea pour l’éternité tant qu’on demeure dans le corridor près du piano… »Bassiste de formation, inscrite à l’Université McGill en jazz, Alexandra Levy a obtenu une bourse pour étudier à la prestigieuse université privée The New School, d’où sont issues plusieurs figures du jazz, dont les pianistes Bill Evans, Brad Mehldau et Robert Glasper. À l’époque, raconte-t-elle, jouer de la basse dans les projets des autres (dont le groupe de Charlotte Cornfield) la comblait. De retour à Montréal après ses études, elle a eu envie de composer et d’interpréter ses propres chansons sous le nom Ada Lea, celui de la grand-mère qu’elle n’a jamais connue, décédée trop tôt après avoir été frappée par une voiture.« J’ai voulu reprendre cette chanson de Cohen après avoir lu sa biographie de Sylvie Simmons », I’m Your Man: The life of Leonard Cohen (éditions Ecco, 2013). Cet hôtel, a-t-elle appris, « est à l’origine du musicien Leonard Cohen, c’est là qu’il gagne assez de confiance en lui pour montrer ses textes et ses chansons aux autres », à ses semblables fréquentant le Chelsea.Un délicieux sens du récitDepuis son premier album, what we say in private, paru en 2019, Ada Lea (qui est aussi peintre et artiste visuelle) pétrit une chanson indie rock aux textes particulièrement spirituels et soignés en filigrane desquels les adeptes de Cohen dénicheront de subtiles références. Dotée d’un délicieux sens du récit, la musicienne se réclame aussi de l’influence du Great American Songbook et des showtunes d’antan : « C’est l’aspect mélodique de ce répertoire qui me séduit, ainsi que l’importance qui est portée sur les mots, leur impact dans la chanson », décrit-elle.Il y a tout ça, en plus douillet, dans son nouveau minialbum. La groovy et accrocheuse copycat en ouverture est la plus singulièrement différente du reste de son œuvre plus rock, bâtie sur une boucle rythmique basse fidélité, assortie d’une naïve mélodie de clavier.Une chanson composée et enregistrée en 2020 « que je n’imaginais pas mettre sur un album, explique Alexandra. Ça sonne encore frais et excitant. C’est un peu la liberté que permet pour moi le format minialbum ; ça peut devenir l’occasion d’essayer quelque chose de nouveau, de ne pas toujours tout remettre en question et se demander si ça correspond au concept. Dans ma tête, un EP ou un minialbum, c’est fait avec des chansons qui traînent — j’en avais enregistré une vingtaine pour mon dernier album, composé beaucoup plus — alors qu’un album, je dois prendre le temps d’y réfléchir, c’est plus conceptuel ».when i paint my masterpiece a été composé et enregistré dans une période difficile, faite de deuil et de pression induite par la tournée, son public étant surtout aux États-Unis et en Europe. « J’ai mis du temps avant de retrouver la joie de vivre, admet-elle, mais je suis très fière de cet album. J’ai hâte de me rebrancher sur d’autres émotions, de créer sans me sentir en mode survie. » Le minialbum, qui est paru mercredi, est le début d’un temps nouveau, plus léger, l’espère-t-on, pour la musicienne, qui n’a cependant jamais perdu son sens de l’humour. Un nouvel album sera enregistré en Europe au début de 2027 — nous vous tiendrons au courant de la suite.
«the end is a wave» : Ada Lea passerait le reste de l’éternité au Chelsea Hotel
L’autrice-compositrice-interprète indie rock montréalaise Alexandra Levy lance un minialbum tout doux intitulé the end is a wave







