Serge QuoidbachRédacteur en chef adjoint14 août 2026Aujourd'hui à 05:01Un combat de plus en plus intense déchire le monde de l’intelligence artificielle. Le patron de Meta, Mark Zuckerberg, s’est affiché en tête de file des systèmes "pour tous". À nous de séparer le bon grain de l’ivraie.Doit-on se méfier du manifeste que Mark Zuckerberg a publié cette semaine ? Le patron de Meta, maison mère des réseaux Facebook, Instagram et de la messagerie WhatsApp, y décline, en 6.500 mots, rien de moins que la "voie vers un avenir positif" pour l’intelligence artificielle : une IA "pour tous", protectrice "de la liberté", à l’abri "de la tyrannie et la surveillance étatiques". Le tout, grâce à ses "agents superintelligents" et personnalisés.Waouw.Pour un géant de la tech américaine réputé en retard dans ce domaine malgré ses recrutements d’ingénieurs à salaires d’or, pour ce geek milliardaire à nouveau placé par 29 procureurs américains au cœur d’un retentissant procès pour addiction des mineurs sur ses plateformes, la sortie pourrait paraître audacieuse.Qu’on se souvienne également, en 2021, du scandale autour d’Instagram et de ses effets délétères, pourtant documentés et connus de l’entreprise, sur l’image corporelle et la santé mentale des adolescentes.Bref, voilà le "Zuck" là où on ne l’attendait pas : l’éthique de l’IA. Et pourtant, on peut tirer sur le messager, pas sur le message.L'heure des choixPour appuyer son argumentaire, le patron de Meta y pointe les avantages des modèles ouverts ("open source"), auxquels les utilisateurs peuvent accéder et qu’ils peuvent modéliser à leur image et pour leurs besoins propres. Ces modèles permettent à leurs utilisateurs une meilleure maîtrise de leurs données, de leur autonomie, de leurs coûts. Un avantage que Zuckerberg oppose aux systèmes fermés et opaques que vendent à gros prix les stars de l’IA, Anthropic, OpenAI et autre Google.Ce faisant, il fait vibrer cette corde sensible, celle de l’IA concentrée entre les mains de ces géants qui, à coup de centaines de milliards de dollars, mènent une course folle laissant dans leur sillage des questions criantes d’un point de vue éthique, sociétal et environnemental.Un manifeste qui évoque aussi sans le dire la guerre de tranchées que se livrent désormais les grands acteurs : où les Chinois et leurs modèles "open source" creusent leur sillage et où l’Europe, également plus encline aux systèmes ouverts, peut avoir son mot à dire si elle en saisit l’occasion. À cet égard, il n’est pas anodin d’observer, dans le camp d’en face, les récentes cyberattaques "incontrôlées" d’OpenAI et Anthropic vis-à-vis des modèles de leurs concurrents.Alors, ouverts ou fermés? Les deux systèmes ont leurs avantages et leurs inconvénients. Mais, plus que jamais, l’heure des choix sera déterminante pour l'avenir de nos entreprises.Choix du meilleur modèle pour leur business, certes. Mais choix, aussi, de leur autonomie et de la protection de leurs données. Et, plus globalement, plus stratégiquement, choix de la souveraineté européenne et de l’éthique. Deux valeurs où Mark Zuckerberg n’a pas fait preuve, jusqu’à présent, d’une probité exemplaire.