Monde AmériquesAmérique. Donald Trump rêve toujours du Groenland, pendant qu’une société américaine, elle, veut déjà y forer dès cet automne. Les autorités locales viennent de lui rappeler qu’avant les barils, il y a les permis.Par Marion ProstarticleLecture 5 MinPublié le 13/08/2026 à 15:34Donald Trump a plusieurs fois affirmé vouloir placer le Groenland sous contrôle des États-Unis.REUTERS / Kylie CooperDe l’ambition, oui, mais pas encore d’autorisation : Greenland Energy comptait commencer ses premiers forages dès cet automne dans la région reculée de Jameson Land, sur la côte est de l’île. Le calendrier avait un avantage : il allait vite. Peut-être un peu trop… Après l’acheminement en juillet de matériel de forage sans autorisation, le gouvernement groenlandais a infligé un sérieux rappel de procédure à la société : les évaluations environnementales et sociales ne pourront pas être réalisées à temps, pas plus que les autorisations nécessaires. Au plus tôt, les premiers travaux pourraient désormais commencer à l’hiver 2027. Le détail aurait pu rester une banale histoire de permis. Seulement voilà : depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, rares sont les affaires groenlandaises qui restent purement administratives. Le président américain a plusieurs fois affirmé vouloir placer le territoire autonome danois sous contrôle des États-Unis. Son envoyé spécial pour l’île, Jeff Landry, gouverneur républicain de Louisiane, assume même pour objectif de "faire du Groenland une partie des États-Unis". En mai, il annonçait encore que les barils groenlandais pourraient entrer en production "d’ici dix mois environ". Le Groenland répond à ce calendrier américain avec une notion moins grandiose : le droit administratif. Dix ou dix-huit mois de plusSur place, le problème commence à Jameson Land, ville sur la côte est du Groenland. Du matériel destiné au forage y avait déjà été débarqué lorsqu’une difficulté est apparue : Greenland Energy n’avait pas encore reçu l’autorisation de commencer. Les autorités locales lui ont adressé un "avertissement ferme". Mute B. Egede, ancien Premier ministre devenu ministre des Affaires étrangères et des Ressources naturelles, a ensuite estimé publiquement qu’un forage cet automne n’était tout simplement "pas réaliste". Il faut dire que l’endroit ne simplifie rien. Les autorités doivent notamment mesurer les conséquences d’un forage dans une zone humide protégée, fréquentée par des oiseaux rares et par les bovins musqués dont dépendent des chasseurs locaux. Le Groenland a cessé d’accorder de nouvelles licences pétrolières et gazières en 2021, invoquant la crise climatique. Le projet actuel bénéficie toutefois d’un héritage administratif : le partenaire britannique 80 Mile détient des licences accordées avant ce changement de politique et Greenland Energy s’est associé à sa filiale White Flame Energy pour explorer la zone. Voilà pour la procédure. Pour l’ambition, les chiffres connaissent moins de retenue. Les responsables de Greenland Energy assurent que Jameson Land pourrait abriter jusqu’à 1 000 milliards de dollars de pétrole brut. La société, créée récemment, prévoit jusqu’à 60 millions de dollars d’investissements pour vérifier l’hypothèse. Elle avait même envisagé l'arrivée de quelque 300 conteneurs de matériel avant un premier forage à l’automne. Le projet a depuis été réduit : un puits plutôt que deux, avec l’espoir affiché de faciliter l’obtention des autorisations. Beaucoup de pétrole et trop de WashingtonGreenland Energy assure que son projet ne présente aucun rapport avec les ambitions territoriales américaines. Formellement, rien dans les documents disponibles ne permet de confondre les deux. La société possède néanmoins un carnet d’adresses qui rend la précision utile : Phil McGraw, l’animateur américain connu sous le nom de "Dr Phil", a conclu un accord pour documenter l’aventure de ces "prospecteurs modernes" dans une série destinée à la télévision et aux réseaux sociaux. Il a également siégé à la commission présidentielle sur la liberté religieuse et apparaissait récemment dans le Bureau ovale aux côtés de Donald Trump. La population locale, elle, a déjà tranché : en juillet, près d’un tiers des 325 habitants de la ville ont manifesté contre le projet. Quelques jours plus tard, Donald Trump publiait sur Truth Social un photomontage de son visage au-dessus d’un village groenlandais, avec un très sobre "Hello, Greenland !". Pendant ce temps, les investisseurs qui espéraient un "Trump pump", une marque d’intérêt présidentielle susceptible d’envoler la valeur du projet, ont surtout vu le titre Greenland Energy chuter de plus d’un tiers après le report. La société promet désormais de revoir sa copie et de renouer avec les autorités. Le pétrole peut attendre 2027 ; la question, elle, reste immédiate : au Groenland, Washington peut vouloir, les entreprises peuvent forer sur le papier, mais Jameson Land garde encore le stylo qui signe les autorisations.
Au Groenland, les ambitions pétrolières américaines se heurtent au droit administratif
Donald Trump rêve toujours du Groenland, pendant qu’une société américaine, elle, veut déjà y forer dès cet automne. Les autorités locales viennent de lui rappeler qu’avant les barils, il y a les permis.














