Le musée du quai Branly–Jacques Chirac qui, le 20 juin, a fêté ses 20 ans, possède plus de 300 000 œuvres issues des cultures d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Une collection vertigineuse, certes, mais dont les fondations reposent en grande partie sur un héritage trouble : celui d’une France colonisatrice, puissance militaire et économique ayant souvent pillé, spolié et exposé hors contexte des trésors culturels.Depuis 2019, ce musée a enfin — et lentement — entrepris un chantier de vérité afin de « comprendre les conditions de cheminement des œuvres, de leurs pays d’origine jusqu’aux collections nationales ». Un travail de restitution, timide mais symbolique, a été amorcé. En 2021, 26 œuvres, issues des trésors royaux d’Abomey au Bénin, ont été rendus après un premier refus en 2016. Ces pièces, véritable butin de guerre, avaient été pillées par le « général Dodds dans le palais incendié par le roi Béhanzin après les combats de 1892 de la campagne du Dahomey ».

L’établissement tente désormais de développer des dialogues, notamment avec des chercheurs africains. On notera l’exposition Mission Dakar-Djibouti [1931-1933] : Contre-enquêtes en 2025, conçue par un comité paritaire incluant six commissaires africains, dont l’historien de l’art béninois Didier Houénoudé. Il faut aussi souligner une volonté de donner une visibilité accrue à l’art non occidental contemporain, dans une époque où la notion de mondialisation exprime avant tout la domination culturelle et économique des grandes puissances — y compris, de nos jours, la Chine. On est encore loin d’un monde réellement multipolaire… La question demeure donc : ces gestes, aussi nécessaires soient-ils, suffisent-ils à renverser une dynamique héritée d’un passé colonial encore trop peu assumé, alors même que le Sud global continue d’être exploité ?Ce musée où vient de s’achever l’expo Africa Fashion — élaborée par le Victoria and Albert Museum de Londres —, précédemment présentée au Musée McCord à Montréal, mais aussi à New York, à Portland, à Chicago et à Melbourne, propose ces jours-ci plusieurs expositions visant à repenser l’histoire de l’art et l’art actuel à partir de perspectives et de réalités longtemps marginalisées.