Au centième anniversaire de la naissance de Fidel Castro (1926-2016), les Cubains se demandent ce qu’il reste des promesses de la révolution socialiste qu’il a dirigée pendant près d’un demi-siècle, et si ses successeurs sont à la hauteur du défi.Le Parti communiste cubain célèbre depuis plusieurs jours le défunt « Lider Maximo » — qui a dirigé Cuba de 1959 à 2008 — à travers des expositions, des concerts et des conférences.Mais cette année, l’anniversaire du 13 août survient alors que Cuba traverse l’une des pires crises de son histoire, avec de graves pénuries de nourriture et d’eau, et des coupures d’électricité chroniques.Pour de nombreux Cubains, les difficultés actuelles mettent en lumière l’absence du dirigeant, mort il y a dix ans.

Avant de placer le portrait de Castro à sa fenêtre, Leonel Suarez lui donne un baiser. Cet homme de 54 ans collectionne depuis des années des objets révolutionnaires liés au « maître ».S’il était encore vivant, « Fidel aurait une stratégie en ce moment », assure-t-il.Mais la crise que traverse l’île de 9,4 millions d’habitants est si profonde que lorsqu’un touriste lui a récemment offert 100 dollars pour une photographie de son héros communiste, Leonel Suarez n’a pas pu dire non. « Il faut bien vivre », dit-il.Les partisans de Fidel Castro se souviennent de lui comme de l’homme qui a guidé Cuba à travers de multiples crises : les invasions soutenues par les États-Unis, les embargos, les tentatives d’assassinat et les immenses difficultés provoquées par l’effondrement du principal allié et bienfaiteur de l’île, l’Union soviétique.« Personne n’a les capacités qu’avait Fidel »« Fidel n’est plus là, et personne n’a les capacités qu’avait Fidel », déplore Rogelio Valdivia, 54 ans, dans son atelier de peinture et de carrosserie de la Vieille Havane, aux murs fissurés.« Je suis né pendant la Révolution et, grâce à elle, j’ai pu trouver ma voie », dit-il, en regrettant l’absence du leadership de Fidel Castro dans le Cuba d’aujourd’hui.Ceux qui ont soutenu Fidel Castro tout au long de ses années au pouvoir sont parmi les plus durement touchés aujourd’hui.Parmi eux se trouve Angela Gutiérrez, 86 ans, qui confie se sentir « déçue » par la direction qu’a prise Cuba.« Pourquoi coupent-ils autant le courant ? » s’agace-t-elle après avoir parcouru plusieurs étals de marché sans rien acheter, les prix étant trop élevés. « Ils sont en train de détruire » la vie des gens, maugrée-t-elle.