Raye à Montreux, Camélia Jordana à Porquerolles, Vald aux Ardentes et même Richard Strauss à Aix-en-Provence… Le tout, comme si vous y étiez, dans un fauteuil et avec un casque audio. Le festival Jazz à Porquerolles a accueilli cet été le très beau concert de Sofiane Saidi, Camélia Jordana et Théo Ceccaldi. Photo Alex Cleuet Par Eric Delhaye, Rachel Rousseau, Maelis Pinto Publié le 11 août 2026 à 14h30 Au fil des grands festivals de l’été, de nombreux concerts sont diffusés en direct par le biais du streaming. Après quoi les vidéos restent rarement en ligne. Mais il reste possible de trouver son bonheur, dans tous les genres musicaux et en voyageant sans frais, d’une chaîne YouTube à une autre, notamment grâce à Arte Concert, dont les réalisations sont très souvent léchées. De quoi se projeter au milieu des festivaliers, même si rien ne vaut de communier avec eux. Raye au Montreux Jazz Festival Chanteuse aussi brillante que versatile capable de passer du jazz à la pop, de la soul au R’n’B, Raye prouve une nouvelle fois sa maîtrise du live. À Montreux, accompagnée par un orchestre symphonique sur une scène rotative, la Londonienne alterne les standards de Nina Simone, Aretha Franklin, Ray Charles… et les titres de son album This Music May Contain Hope. Parmi ses invités, le guitariste et producteur Mark Ronson l’épaule sur son tube Uptown Funk puis sur leur duo Suzanne. La superstar Alicia Keys s’assied ensuite au piano pour interpréter son classique If I Ain’t Got You, puis l’émouvant Oscar Winning Tears, de Raye elle-même. Laquelle ne cache pas son émotion quand la soirée s’achève en famille, entourée de ses deux sœurs. Sofiane Saidi, Camélia Jordana et Théo Ceccaldi à Jazz à Porquerolles Le festival Jazz à Porquerolles, sur la belle île du même nom, au large d’Hyères, accueille l’un des beaux projets émergés cet été. Sofiane Saidi (chant, machines), qui multiplie les pistes à partir du raï de ses origines, a recruté les frères Ceccaldi, Théo au violon et Valentin au violoncelle, avec Tao Ehrlich à la batterie. Mais surtout une Camélia Jordana rayonnante, dont l’étreinte avec un jeune spectateur est la jolie scène du début de concert. Ils rendent un hommage vibrant aux médahates, les « chanteuses de louanges » de l’Ouest algérien. C’est superbement filmé, au soleil couchant, et la fête est fervente une fois la nuit tombée. À lire aussi : Festivals de l’été : malgré les aléas, ils résistent encore, mais jusqu’à quand ? Idles au Pinkpop Idles fait rarement dans la dentelle et son passage au Pinkpop (Pays-Bas) le rappelle bien à la marée fluorescente massée devant le North Stage. Pendant une heure, montre en main, le groupe de post-punk hardcore fait de la scène un véritable défouloir collectif : poing en l’air, accompagné de guitares saturées, Joe Talbot, frontman du quintette de Bristol, s’égosille à s’en décrocher les cordes vocales sur les paroles de Mother : « La meilleure façon de faire peur aux conservateurs, c’est de lire et de s’enrichir. » La rage enfin jusqu’à cette improbable reprise d’All I Want For Christmas Is You, de Mariah Carey, Noël sous le soleil de juin. Pas de quoi refroidir un public bouillant. Vald, Vladimir Cauchemar et Todiefor aux Ardentes Ils forment un trio désormais inséparable. Sur scène, Vald ne se présente plus sans ses deux acolytes, les DJ Vladimir Cauchemar et Todiefor. Ensemble, ils ont fomenté Pandemonium Reloaded, remix électro de l’album Pandemonium, du rappeur français, et ils semblent avoir trouvé une alchimie dans l’hybridation de leurs univers. Aux Ardentes, près de Liège, cette connexion entre rap et techno continue de couler de source, dans une ambiance bouillante. L’occasion de découvrir ce que donne la rencontre entre le pilonnage des BPM et les rimes toujours aussi provocantes de Vald. Roy Hargrove’s RH Factor au North Sea Jazz Festival Au début des années 2000, le trompettiste américain Roy Hargrove (1969-2018) a réuni un collectif de pointures, The RH Factor, pour embrasser la Great Black Music : jazz, soul, funk, rap… Les albums Hard Groove (2003) et Distractions (2006) connurent un immense succès, assortis de concerts mémorables. Depuis la disparition du leader, de nombreux musiciens se réclament du RH Factor, lequel s’est réuni au North Sea Jazz, à Rotterdam, un soir de juillet. La chanteuse Renée Neufville est bien là, comme le saxophoniste Keith Anderson, le bassiste Reggie Washington, les batteurs Willie Jones et Jason Thomas… avec Wayne Tucker dans le rôle du trompettiste et même un invité de marque, Jon Batiste. Leur groove a bien vieilli. “La Femme sans ombre”, de Richard Strauss, à Aix-en-Provence Dans la foulée de sa représentation, début juillet, au festival d’Aix-en-Provence, Télérama s’est déjà fait l’écho de la version « enthousiasmante et accomplie » de cette Femme sans ombre. Le chef-d’œuvre de Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal, créé à Vienne en 1919, y est servi par l’entente magistrale du metteur en scène Barrie Kosky et du chef Klaus Mäkelä dirigeant un somptueux Orchestre de Paris. Le plateau vocal est à l’avenant, avec Michael Spyres dans le rôle de l’empereur et Vida Miknevičiūtè — une révélation — dans celui de l’impératrice. Du grand spectacle, pendant trois heures. À lire aussi : Klaus Mäkelä, chef chéri de l’Orchestre de Paris, se dévoile sur France Musique Beres Hammond à City Splash Festival des cultures africaines et caribéennes dans un parc londonien, City Splash avait cette année comme tête d’affiche Beres Hammond, 70 ans, dont les apparitions se font rares. Le Jamaïcain est l’un des représentants du courant lovers rock, un sous-genre romantique du reggae influencé par la soul américaine, dont font partie de magnifiques chanteurs comme Ken Boothe, John Holt et Gregory Isaacs. Lui-même inspiré par Sam Cooke et Otis Redding, Beres Hammond a conservé cette voix légèrement éraillée qui contribue au charme de ses interprétations, ici avec un groupe copieux, dont quatre choristes, à une époque où les coûts du live imposent plutôt aux artistes reggae de réduire leur personnel. La classe, à tous niveaux. The Pretty Reckless au Hellfest Avec son timbre rocailleux à la Janis Joplin et sa nuisette façon Courtney Love, difficile de reconnaître en Taylor Momsen l’actrice qui incarnait la petite Cindy Lou Who du Grinch ou Jenny, la lycéenne naïve de Gossip Girl. La chanteuse du quatuor new-yorkais The Pretty Reckless a bien changé. Sur la scène du Hellfest, festival encore majoritairement masculin, c’est elle qui mène la danse, sur les classiques du groupe : le fédérateur Make Me Wanna Die, sur lequel la show-woman déploie son énergie magnétique, ou Heaven Knows et son solo de guitare mordant par Ben Phillips, dans la lignée de l’album cathartique Dear God, sorti en juin dernier. Un univers hard rock assez intense pour nous garder en haleine, mais assez lisse pour plaire à tous. Perceval à Dour Que l’on apprécie ou non les sonorités de la techno, les performances du DJ et producteur breton Perceval ont le mérite de faire sourire. Avant qu’il surgisse fin 2023 grâce à des vidéos publiées sur TikTok et Instagram, il était difficile de concevoir qu’un heaume puisse se porter avec un maillot de football et un kilt, ou d’imaginer l’électro se danser comme une gigue en se piquant d’ambiances moyenâgeuses, les grosses basses martelant la harpe ou le hautbois. Il faut le voir — et l’écouter — pour le croire. Avec cette captation au festival belge de Dour, Arte nous invite à apprécier son set loufoque qui aurait retourné bien des tavernes médiévales. Sudan Archives au Best Kept Secret Devant le nombre d’instruments sur scène, on imagine qu’un quintette est sur le point de se pointer. Mais lorsque les premières notes retentissent, Sudan Archives arrive toute seule, avec son violon pour unique compagnie. Véritable couteau suisse, l’Américaine vacille d’un bout à l’autre de la scène, se hisse sur une plateforme, joue de toute sa panoplie sans jamais s’arrêter. L’énergie transpire dans cette captation de sa performance au festival néerlandais Best Kept Secret. Et nous emporte dans une agréable frénésie, entre R’n’B, électro, soul et rap. À lire aussi : Le tube de l’été, c’est fini ? Musique Festivals d'été Festivals de musique Festivals Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus