Une fois par mois, Le Devoir fait un bref saut dans le passé en présentant et en remettant en contexte une photo d’archives de l’agence Magnum. Aujourd’hui : Louis Armstrong, dont on soulignait cette semaine le 125e anniversaire de naissance.

En 1966, Louis Armstrong est au sommet de sa gloire. Deux ans plus tôt, la sortie de sa version de jazz de Hello, Dolly !, l’un des plus grands succès de son répertoire, le propulse en tête des classements musicaux. « Il est plus populaire que jamais », souligne Ricky Riccardi, directeur des collections de recherche au Louis Armstrong House Museum, à New York.Au même moment, Louis Armstrong commence toutefois à ressentir le poids des années. Cela fait déjà 50 ans qu’il consacre sa vie à la musique. « Il sait à quel point il est populaire, il adore ses fans, mais il se demande aussi : “Combien de temps vais-je encore pouvoir continuer comme ça ?” », explique M. Riccardi. Deux ans plus tard, il est admis pour la première fois aux soins intensifs pour des problèmes cardiaques et rénaux, avant de mourir d’une crise cardiaque en 1971.Pour M. Riccardi, qui connaît la vie du musicien de jazz sur le bout des doigts, ce portrait en gros plan traduit parfaitement cette période d’ambivalence. « Ce n’est pas simplement une photo ordinaire où on le voit souriant ou en train de jouer : il met toute son âme, tout son esprit, toute son énergie à jouer de cette trompette, observe-t-il. Ce n’est plus aussi facile qu’avant, mais il était déterminé à continuer de jouer jusqu’à la toute fin de sa vie. »« Le très gros plan souligne la couleur noire de la peau », qui devient ainsi prédominante dans la photo, remarque Laurent Cugny, professeur émérite à la Sorbonne, en France, spécialiste de la théorie et de l’histoire du jazz. « Puis ses yeux, c’est assez curieux, c’est comme quelque chose d’implorant, comme s’il ne pouvait pas parler parce qu’il avait la trompette dans la bouche. »