Ils font les manchettes régulièrement. Les maisons, les églises ou d’autres bâtiments ancestraux dont l’état de dégradation scandalise la population et qui apparaissent souvent dans les médias lorsqu’il est trop tard pour qu’ils soient sauvés. En filigrane, une question revient : pourquoi et comment préserver le patrimoine du Québec ? Le Devoir propose deux initiatives inspirantes qui permettent de repenser notre rapport au bâti. Dans cet article, l’église de Saint-Vallier.

« En 2011, la fabrique a convoqué les citoyens pour leur dire qu’elle n’avait plus les moyens d’entretenir l’église, évoquant la possibilité que la municipalité l’achète », raconte Alain Vallières, maire de Saint-Vallier, village assis sur le bord du fleuve entre Lévis et Montmagny.Cette histoire, c’est aussi celle de centaines d’autres municipalités. Devant la baisse de la pratique religieuse, les fabriques paroissiales n’ont plus les moyens d’entretenir les églises. Se pose alors la question du sort à réserver à l’ancien lieu de culte.

À Saint-Vallier, l’administration de l’époque ne voyait pas l’intérêt de racheter un tel bâtiment. Un avis que ne partageait pas Alain Vallières, alors simple citoyen : « Je me suis levé et j’ai dit : “C’est dommage que vous ayez pris cette décision. Il n’en demeure pas moins que ce bâtiment-là est un bâtiment phare, un bâtiment patrimonial, auquel il faut au moins trouver une vocation !” »Sans le savoir, il venait de franchir le premier pas d’un long engagement public.Trouver un usageUn comité de réflexion sur l’avenir de l’église s’est alors mis en place, composé d’une quinzaine de bénévoles, dont M. Vallières.À ses yeux, l’objectif était clair : « Démontrer le potentiel d’utilisation de l’église. » Concerts, foires artisanales, « 6 à 8 » sur le parvis ont été organisés et ont permis aux citoyens de s’approprier le lieu d’une nouvelle manière et de cultiver — tranquillement — un attachement en dehors de sa dimension religieuse.« L’architecture, contrairement à un tableau ou à un bijou, il y a un intérieur à ça. C’est fait pour être utilisé », remarque Lucie K. Morisset, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain. « Je ne pense pas qu’on puisse dire aujourd’hui qu’on va conserver du patrimoine pour conserver un patrimoine. […] On ne peut plus penser comme ça. »