Cette année, deux grands écrans ont été inaugurés dans la capitale : le premier dans un ancien magasin de bricolage du boulevard Ney, le second dans une salle mythique de Saint-Germain-des-Prés. Chacun est différent, chacun a ses charmes. Petit comparatif… À gauche, le CiNey, boulevard Ney, qui réjouit les habitants d’un quartier en manque de toiles. À droite, le Saint Germain des Prés, qui fut autrefois un cabaret. Photo Le Ciney par Zorine Ould-Mohand, Le Saint Germain des Prés par Ludivine Boizard, Ville de Paris Par Augustin Pietron-Locatelli Publié le 07 août 2026 à 14h30 Le CiNey… était un Bricorama. Du magasin au toit plat, le nouveau cinéma du 18e arrondissement a conservé l’emprise oblongue et les grandes vitrines : son hall est grand, blanc et lumineux. Le cinéphile idéaliste pourrait voir dans cette mutation une revanche, tardive, du Gaumont-Palace de la place de Clichy, qui fut remplacé à sa fermeture (en 1973) par… un magasin Castorama. Le Saint Germain des Prés… a un pedigree chargé ! Le Saint Germain des Prés a eu plusieurs vies. Il fut d’abord un cabaret, le Bilboquet, puis un cinéma portant le même nom, ouvert en 1969. Le cinéaste Éric Rohmer (1920-2010) en fit sa salle préférée ; on l’appela aussi Olympic Saint Germain, Beau Regard et enfin Silencio des Prés. Dernièrement, la salle était réservée aux événements privés. À lire aussi : Que vaut le Pathé-Palace, cinéma de luxe à 25 euros la séance ? Rénovation Le CiNey : « Faire une grande salle aux normes du CNC était impossible », explique Nora Leïla Mansour, la directrice de l’association La Sierra Prod, qui porte le projet. L’équipe a donc préféré créer deux salles d’un peu plus de quatre-vingts places chacune, autour desquelles se déploient un restaurant-bar, une épicerie solidaire, les bureaux de la mission locale, une salle destinée à la postproduction et à l’étalonnage… C’est un petit quartier. Le Saint Germain des Prés : Une enseigne avec néons à l’ancienne ; un couloir redécoré d’affiches et de portraits, repensé par l’architecte d’intérieur Fabrizio Casiraghi ; une moquette et un éclairage débarrassés de leurs étoiles, insigne d’un des anciens tauliers (Étoile Cinémas). À lire aussi : Quiz : Paris au cinéma et dans les séries, de “Gossip Girl” à “Dix pour cent” Ambition Le CiNey : « Amener les gens du coin à consommer la culture. » Le projet, au milieu d’un triangle des Bermudes cinéphile, pallie un manque de salles dans le nord de Paris ; le Louxor, ciné indé le plus proche, est situé quatre stations de métro plus au sud. Soutenu par la mairie, le lieu doit être plus qu’un cinéma : un espace de rencontres et d’éducation populaire. Le Saint Germain des Prés : « Refonder un cinéma de quartier et lui donner une nouvelle identité », ambitionne la jeune directrice, Mathilde Lamour. Autrement dit, faire (re)venir les spectateurs, qu’ils soient étudiants (Sciences Po est à deux pas) ou habitants du quartier, parfois des ex-habitués du lieu. Mais aussi les touristes anglophones, alléchés par la programmation de films indés et internationaux. À lire aussi : Réouverture de La Clef : pourquoi c’est un cinéma unique en son genre Innovation Le CiNey : Élaboration de la programmation avec les habitants (« nos anciens cinéphiles », dit affectueusement Nora Leïla Mansour) qui, réunis en comité, sont invités à organiser des projections des films qu’ils aiment et à les présenter eux-mêmes. Une constante, l’ouverture sur les cinémas du monde. Cet été, la Corée du Sud est à l’honneur. Le Saint Germain des Prés : Outre les projections, Mathilde Lamour pense à des rencontres et à des événements, ou à une expo de photos de Raymond Cauchetier, photographe de plateau du film À bout de souffle (1960), de Godard, en partenariat avec une galerie du coin. Elle vient d’organiser une master class avec le réalisateur japonais Kore-eda. Et pourquoi pas « rouvrir le bar pour des après-séances derrière l’écran ? Ça a toujours été un lieu de fête, et pas mal de gens ont dansé ici », confie la directrice avec un sourire. Le CiNey, 126-128, bd Ney, Paris 18e. (5-9 €.)