Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Immigration en Europe Immigration en Europe Immigration en Europe Tribune Alberto Alemanno Professeur à HEC Paris Les événements tragiques survenus dans l’enclave espagnole les 30 et 31 juillet, présentés par de nombreux dirigeants européens comme une « invasion », ont affaibli l’unité du Vieux Continent et offert à ses ennemis le récit qu’ils recherchaient, déplore le juriste Alberto Alemanno, dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 11h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Du 30 au 31 juillet, plus de 50 000 personnes ont tenté de passer du Maroc à l’enclave espagnole de Ceuta, l’une des rares frontières terrestres de l’Union européenne en Afrique. Au moins 72 d’entre elles sont mortes [selon les autorités espagnoles], et le bilan pourrait s’alourdir. L’épisode a révélé de graves défaillances dans la gestion de la frontière, l’aide humanitaire et la coopération du Maroc avec l’Espagne. Il ne justifie pourtant pas l’idée, reprise par plusieurs dirigeants européens et étrangers, d’une « invasion » de l’Europe. En quarante-huit heures, les autorités espagnoles et marocaines avaient rétabli l’ordre. Plus de 48 000 personnes ont été renvoyées au Maroc. Celles qui sont restées étaient surtout des mineurs non accompagnés ou des personnes dont le dossier était encore en cours d’examen. Personne n’a gagné l’Espagne continentale, et les arrivants à Ceuta ne pouvaient poursuivre vers l’espace Schengen. L’épisode survenu dans l’enclave fut une crise meurtrière à une frontière extérieure de l’Europe, non l’effondrement de ses frontières. Pourtant, de nombreux dirigeants européens l’ont traitée comme un événement d’une tout autre ampleur. Une perte de contrôle temporaire est devenue un test pour un principe central du projet européen : la pression exercée sur une frontière extérieure relève d’une responsabilité commune. Beaucoup de gouvernements ont échoué à ce test. Le chef du Parti populaire européen [droite], Manfred Weber, a lié l’épisode à l’« appel d’air » créé, selon lui, par le programme espagnol de régularisation. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a jugé la situation « inacceptable » et réclamé des renvois rapides, tout en offrant d’abord peu de soutien politique à Madrid et en s’exprimant peu sur le rôle du Maroc. L’Italie a rétabli des contrôles pour les personnes arrivées d’Espagne. La présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, et la première ministre danoise, Mette Frederiksen, ont été à l’initiative d’une lettre signée par 22 dirigeants de l’Union européenne accusant la récente ouverture espagnole à la régularisation d’avoir nourri la crise. Le Danemark, la République tchèque et la Finlande ont même soutenu l’exclusion de l’Espagne de la libre circulation. Il vous reste 58.83% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.