En offrant des services de proximité, les organismes communautaires jouent un rôle clé dans le dépistage des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), notamment auprès de populations qui peuvent hésiter à fréquenter le réseau de la santé, comme les communautés LGBTQ+.

Selon les régions du Québec, les possibilités d’obtenir un dépistage du VIH/sida, de la syphilis, de la chlamydia, de la gonorrhée et des hépatites, entre autres, varient. S’il est possible d’être testé en clinique sur rendez-vous, des organismes communautaires offrent aussi le service à leur clientèle.Sur le terrain, les initiatives prennent différentes formes : distribution d’autotests, dépistage rapide dans des locaux communautaires, cliniques ponctuelles avec du personnel infirmier ou aiguillage vers les services publics.En plus de ses services d’éducation et de prévention des ITSS, notamment auprès des hommes gais, bisexuels et queers, l’organisme montréalais RÉZO a mis en place la Zone rose dans le Village, où il est possible d’obtenir de l’information, un test gratuit sans rendez-vous ou encore un autotest. Les organismes Dopamine, qui accompagne les personnes faisant usage de drogues, et CACTUS Montréal, qui se concentre sur la réduction des méfaits et la prévention des ITSS, proposent également des services de dépistage avec une infirmière.Plus qu’un simple test« La sensibilisation et le dépistage sont deux armes pour lutter contre la transmission des ITSS », souligne Guillaume Tremblay-Gallant, directeur général de Portail VIH/sida Québec, organisme dont la mission est d’informer sur le VIH/sida et autres ITSS. En ce sens, le milieu communautaire souhaiterait aider davantage de personnes à être dépistées, mais il n’a ni les moyens financiers ni les ressources humaines pour y parvenir à long terme et de façon continue.Le directeur général de Dopamine, Martin Pagé, estime aussi qu’en raison de la diversité des publics à qui offrir le service, les programmes devraient s’adapter de région en région pour répondre aux besoins réellement observés sur le terrain.Guillaume Tremblay-Gallant souhaiterait la mise en œuvre d’un projet pilote qui permettrait à certains organismes d’offrir des tests de dépistage en formant des intervenants pour ce faire. Cela est actuellement impossible sans embaucher des professionnels, comme des médecins ou des infirmières, qui sont les seuls autorisés à effectuer ces actes.Pourtant, note le directeur général, les organismes communautaires habitués à côtoyer ces clientèles vulnérables sont les mieux placés pour les sensibiliser. De nombreuses personnes LGBTQ+ hésitent à se présenter en milieu clinique parce qu’elles se sentent jugées, avance M. Tremblay-Gallant.« Historiquement, en Occident, ce sont les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes qui ont été les plus touchés, reconnaît-il. Mais depuis quelques années, on retrouve de plus en plus de personnes migrantes dans les diagnostics. Dans tous les cas, ces deux clientèles sont parmi les plus touchées, non pas parce qu’elles ont des sexualités débridées, mais en raison d’enjeux structurels. »Martin Pagé abonde en ce sens. « Le communautaire est une porte d’entrée où les gens sont accueillis sans préjugés et sans stigmatisation, fait-il observer. Et quand on parle d’accès au dépistage, il n’est pas seulement question de la mécanique entourant le test. »D’ailleurs, les plus récentes données de l’INSPQ montrent que certaines ITSS, dont la syphilis et la gonorrhée, progressent désormais de plus en plus chez les femmes, les jeunes et les personnes hétérosexuelles.La possibilité d’offrir des tests de dépistage sur-le-champ ou dans un délai très court permet aussi d’en augmenter le nombre. « Proposer un rendez-vous dans deux semaines ou un mois, ou bien diriger la personne à un autre point de service, fait qu’on échappe des gens, avance M. Tremblay-Gallant. Quand la personne se présente, c’est ici et maintenant que ça se passe. »Permettre au communautaire d’effectuer davantage de dépistage aurait aussi l’avantage de désengorger le réseau public de la santé, avec lequel l’arrimage n’est pas toujours facile, plaide le directeur général de Portail VIH/sida Québec.Un accompagnement globalContrairement au réseau de la santé, où une question médicale est abordée par rencontre, le communautaire peut prendre en charge plusieurs problèmes à la fois, ajoute Guillaume Tremblay-Gallant. « On est capables d’avoir une approche plus globale avec la clientèle et d’assurer un suivi à plus long terme, fait-il valoir. Ça nous permet d’attaquer des problématiques qui constituent une barrière au dépistage. Imaginons quelqu’un qui n’a pas de logement ou qui n’arrive pas à manger : sa priorité ne sera pas de traiter sa syphilis, mais de manger et de trouver un toit. »Par ailleurs, la criminalisation de la transmission du VIH dans certaines circonstances au Canada peut inciter les personnes porteuses ou susceptibles de l’être à garder le silence. « C’est une immense barrière au dépistage, croit Guillaume Tremblay-Gallant. Il y a des gens qui préféreront ne pas se faire dépister pour ne pas connaître leur statut sérologique pour ne pas faire l’objet d’accusations au criminel ou être inscrits dans un registre des délinquants sexuels. » Pourtant, note-t-il, ce sont surtout les personnes porteuses qui l’ignorent qui transmettent des ITSS.Enfin, recevoir un diagnostic peut parfois être un choc. « Dans le bureau d’un médecin ou d’une infirmière, on l’annonce au patient qui passe dix minutes sur place, illustre le directeur général de Portail VIH/sida Québec. Nous, on peut les accueillir plus longtemps et les accompagner dans le temps. »« Il y a toute la cascade de l’accompagnement, ajoute M. Pagé. Quand tout le monde travaille en silo, on n’avance pas aussi bien. La valeur ajoutée est bien visible quand le milieu médical et le communautaire travaillent ensemble. Si on était reconnus comme des égaux, on irait encore plus loin. »