Serge QuoidbachRédacteur en chef adjoint31 juillet 2026Aujourd'hui à 19:32Les incendies et canicules de ces dernières semaines illustrent avec brutalité un double échec de l’Europe, climatique et économique: celui de sa transition verte. Échec qui la condamne aujourd’hui à éteindre un feu qu’elle a elle-même contribué à allumer.Les flammes se replient – un repli momentané, annoncent les experts. Mais la facture, elle, reste déjà bien gravée dans le sol.Facture humaine d’abord, avec plusieurs morts dus aux incendies, des centaines de milliers de déplacés et des centaines de maisons brûlées. Bilan auquel il faut ajouter les milliers de décès enregistrés lors des trois canicules de ces dernières semaines, elles-mêmes à l’origine de ces feux aux dimensions presque bibliques.Facture économique, ensuite, avec ces dizaines de milliers d’hectares de forêt réduits en cendres, là où la seule canicule de juin a d’ores et déjà coûté des milliards d’euros et environ 10 millions de tonnes de production aux céréaliers européens – soit davantage que l’équivalent de ce que produisent l’Autriche, l’Irlande et les Pays-Bas réunis, selon une estimation de l’Energy & Climate Intelligence Unit.Face à ce constat, que fait l’Europe, que font ses États membres? Ils font comme les pompiers pyromanes: ils éteignent les flammes en jetant de l’huile sur le feu.Comment caractériser autrement la schizophrénie politique actuelle? D’un côté, la Commission estime à 69 milliards d'euros par an jusqu'en 2050 (1,6 milliard pour la Belgique) l’investissement nécessaire pour mieux protéger les États membres contre la chaleur, la sécheresse et les inondations. De l’autre, elle freine ses propres ambitions climatiques, augmentant la probabilité de calamités météorologiques encore plus extrêmes et plus fréquentes.Où, en pleine canicule de juin, l’équipe d’Ursula von der Leyen a proposé de reporter de trois ans les amendes liées aux fuites de méthane des importateurs d’énergie en Europe. Et où, à la mi-juillet – la troisième canicule pointait le bout du nez – la même Commission proposait de réduire l’effort demandé aux industriels européens dans le cadre du marché du carbone. Deux mesures phares qui détricotent un peu plus le Green Deal déjà caviardé ces derniers mois par les différents assouplissements savamment nommés "Omnibus" – tout un symbole.Double marasmeDénoncer ces coupes claires dans l’arsenal climatique ne signifie pas rester sourd aux appels à l’aide de l’industrie européenne. Mais ce que réclamaient nos capitaines, c’était une simplification du catalogue, boursouflé, étriqué et bureaucratique, mis en place par la Commission, pas un retour en arrière. Et à nos gouvernants nationaux, une vision et un accompagnement holistique de leur transition, dans les infrastructures, les réseaux électriques, les transports, les démarches administratives, et non ces "stop-and-go" et ce saupoudrage de subventions et subsides évoluant au gré des coalitions.Mais dénoncer ces coupes claires dans l’arsenal climatique, c’est aussi et surtout dénoncer l’abandon progressif et délétère d’un formidable levier industriel que constitue la technologie verte. Nos décideurs ont beau jeu de dénoncer la concurrence déloyale de la Chine. Mais, aveuglés par la conduite chaotique de leur politique climatique, ils en viennent aujourd’hui à soutenir sur leur propre territoire cette industrie chinoise de pointe, elle-même subventionnée massivement par les autorités de Pékin.À défaut d’un réveil salutaire, à défaut de vision claire, l’Europe ne pourra que s’enfoncer dans son double marasme, climatique et économique. Et se bornera à éteindre les feux d’enfer qu’elle a elle-même boutés.