Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez a qualifié vendredi d’« attaque », de « violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne » l’arrivée massive de quelque 40 000 migrants dans l’enclave de Ceuta depuis le Maroc.« Le gouvernement de l’Espagne est aux côtés de la ville de Ceuta. Et nous comprenons l’émotion, la situation d’angoisse qu’ils vivent depuis ces dernières heures, en particulier depuis aujourd’hui », a déclaré le premier ministre socialiste en visite à Ceuta, avant de « qualifier ce qui s’est passé hier d’attaque, d’atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Pedro Sánchez a estimé que la crise migratoire en cours était liée à une interprétation malhonnête « par les mafias » d’une récente décision de justice statuant sur la reconduite des migrants arrivés par la mer.« Ce qui ressort des échanges que nous avons eus avec les autorités marocaines, c’est une lecture intéressée que les mafias de trafiquants d’êtres humains ont fait d’un arrêt de la Cour suprême » espagnole, -t-il dit. Selon cet arrêt, « il n’est pas possible de reconduire à la frontière les personnes qui seraient arrivées en Espagne par la mer », a expliqué Pedro Sánchez, ajoutant que « cette interprétation » s’était « répandue comme une traînée de poudre ces dernières heures ».Plusieurs dizaines de gardes civils et policiers vont être envoyés à Ceuta dans les prochaines heures, parmi lesquels huit plongeurs, un bateau et des drones, avait précédemment indiqué le ministère espagnol de l’Intérieur, en pleine crise migratoire dans cette enclave qui forme l’une des deux frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe (avec l’autre enclave espagnole de Melilla).Les arrivées à Ceuta, qui n’ont pas cessé de la nuit, continuent vendredi matin, majoritairement des jeunes hommes et des adolescents, et 18 d’entre eux sont morts noyés en tentant le passage de la frontière par la mer, selon cette source, dans ce petit territoire habité par 80 000 personnes.« Il y a eu un flux constant de personnes toute la nuit », et si les arrivées ont été moindres que pendant la journée, des « milliers » de migrants « ont continué à arriver la nuit et ils continuent d’arriver » vendredi matin, a précisé la source policière.Il était difficile vendredi de savoir clairement ce qui a provoqué cette soudaine arrivée en masse de migrants en provenance du Maroc, principalement des jeunes hommes et des adolescents.Jeudi soir, des milliers de jeunes Marocains étaient rassemblés tard jeudi soir dans le centre de la ville de Fnideq, qui jouxte l’enclave espagnole de Ceuta, a constaté un journaliste de l’AFP, certains affirmant avoir entendu que « la frontière avait été ouverte ».Ces jeunes ont afflué près de la route qui longe la plage et qui mène vers le passage frontalier.Le contexte rappelle la précédente crise migratoire de 2021, lorsque des milliers d’entre eux avaient traversé la frontière à la faveur d’un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l’Espagne.Jeudi déjà, plusieurs centaines de personnes selon les autorités régionales étaient entrées illégalement à Ceuta, venant s’ajouter au plus de 1500 migrants arrivés « ces derniers jours ».Crise diplomatiqueIl s’agit de l’arrivée de migrants la plus importante depuis 2021.Elle intervient après une visite de Pedro Sánchez en Algérie le 20 juillet, la première en quatre ans d’un chef du gouvernement espagnol après plusieurs années de brouille diplomatique entre Alger et Madrid.En mai 2021, plus de 10 000 migrants avaient atteint Ceuta depuis le Maroc voisin en deux jours, à la faveur d’un relâchement des contrôles par Rabat, sur fond de crise entre les deux pays au sujet de l’accueil en Espagne pour y être soigné du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario.La crise diplomatique avait pris fin en 2022 quand l’Espagne avait apporté son soutien au plan marocain sur le Sahara occidental, territoire largement contrôlé par le Maroc que se disputent Rabat et les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie. Ce soutien avait alors entraîné une brouille diplomatique entre Madrid et Alger.Les forces de l’ordre marocaines à l’entrée de la route menant à Ceuta ont tenté dans la soirée de les repousser lorsqu’ils se rapprochaient, a rapporté un correspondant de l’AFP au Maroc.Le gouvernement espagnol a annoncé que des soldats seraient déployés pour garantir la sécurité sur ce territoire de la côte nord de l’Afrique.Le Maroc et l’Espagne vont mettre en œuvre « des mesures pour le transfert » vers le Maroc « dès que possible, de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta », a assuré jeudi le ministre espagnol de l’Intérieur.Aucune déclaration officielle n’a jusqu’ici été publiée par les autorités marocaines. Contactée par l’AFP, la police marocaine n’a pas réagi dans l’immédiat.Les images saisissantes de centaines de personnes, en grande majorité de jeunes hommes et des adolescents, souvent mouillés car sortant de la mer, ont été utilisées dès jeudi par l’extrême droite européenne et américaine.La cheffe du gouvernement italien d’extrême droite, Giorgia Meloni, a dit vouloir suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, des propos aussitôt dénoncés par Madrid qui a convoqué l’ambassadeur italien en signe de protestation. La Finlande a dit vendredi soutenir la proposition italienne.À Washington, deux hauts responsables de la Maison-Blanche se sont saisis de ces images pour défendre la politique répressive de Donald Trump sur l’immigration.La France, de son côté, a indiqué vouloir renforcer le contrôle à la frontière.