« Quelqu’un qui serait passé par où je suis passée, il ne serait peut-être même pas là aujourd’hui. » Claudia a 59 ans. Jusqu’à récemment, elle travaillait dans un magasin Home Depot. En septembre 2025, elle a perdu son emploi, puis son appartement. Après un bref passage en résidence, des ennuis de santé l’ont forcée à être hospitalisée pour se faire opérer de la vésicule biliaire. À son retour, début janvier, elle avait perdu sa place. Elle s’est retrouvée sans logement, en plein hiver.La réalité de Claudia, qui a demandé de taire son nom de famille, est celle de nombreuses femmes âgées qui basculent dans l’itinérance. À Montréal, l’organisme Le Chaînon, qui accueille des femmes en difficulté, s’alarme de l’âge croissant des résidentes qui intègrent ses ressources. Selon son rapport d’activité 2024-2025, 37 % des femmes hébergées par l’organisme ont plus de 50 ans. Et faute de places, l’organisme est contraint de refuser une vingtaine de demandes par jour.Les experts attendent toujours les statistiques détaillées du dénombrement 2025 sur l’itinérance visible effectué par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Mais, pour plusieurs, ces chiffres ne refléteront que partiellement l’ampleur du phénomène. « L’itinérance des femmes âgées, c’est une itinérance qui est beaucoup plus cachée, beaucoup plus dissimulée, explique Valérie Bourgeois-Guérin, professeure de psychologie spécialisée en itinérance des personnes âgées à l’UQAM. On sait très bien que les statistiques qu’on a sont juste la pointe de l’iceberg. »« Avec quoi je vis ? »Agressions sexuelles, dépression, violence physique, contraction du VIH : Claudia n’a pas eu une vie facile. À 17 ans, elle est tombée enceinte. Aujourd’hui, elle ne voit plus sa fille, dont elle a dû se séparer lorsque celle-ci était adolescente. Malgré ce parcours éprouvant, elle avait réussi, jusqu’à cet automne, à maintenir une certaine stabilité.« J’ai toujours travaillé, toute ma vie, raconte-t-elle. Puis, je suis tombée en dépression, j’ai perdu ma job. Ce que j’avais par mois, ça ne suffisait même pas à payer mon loyer. Ça fait que je me suis ramassée sans domicile. » Le loyer de Claudia était de 975 $. Son chèque d’aide sociale, de 973 $. « Comment veux-tu que j’arrive ? Avec quoi je mange ? Avec quoi je vis ? » demande-t-elle, désemparée.