Temps de Lecture 6 min.
Article réservé aux abonnés
EnquêteOfficiellement, la République démocratique du Congo ne produit pas d’uranium. Mais en vingt ans, 2 000 tonnes de ce minerai radioactif crucial pour l’industrie nucléaire auraient été exportées vers la Chine, selon une enquête de plusieurs journalistes et chercheurs partagée avec « Le Monde ».
C’est l’histoire d’une rumeur qui se propage de Kinshasa jusqu’à Lubumbashi (République démocratique du Congo, RDC), de miniers en acheteurs, de responsables politiques en intermédiaires, de chercheurs en dignitaires étrangers. Elle se diffuse de mines en villes, de romans en recherches universitaires. On la croise dans un livre du Prix Nobel de littérature V. S Naipaul, A la courbe du fleuve (Albin Michel, 1982), quand le narrateur évoque cet uranium qu’on négocie dans les comptoirs, à l’ombre des regards. On l’évoque au terme du livre de l’historienne Susan Williams, Spies in the Congo (Hurst, 2016, non traduit). « L’inquiétude à propos de l’uranium congolais perdure aujourd’hui », conclut celle qui a travaillé une grande partie de sa vie sur ce minerai crucial pour l’industrie nucléaire.
Officiellement, la RDC ne produit pas d’uranium. Pourtant, ce minerai sort chaque année en grandes quantités du pays, d’après une enquête conjointe du média d’investigation Lighthouse Reports, du Financial Times et de deux chercheurs de l’université de Wisconsin-Madison et de Princeton. Leurs conclusions, publiées dans la revue scientifique Nature Communications, ont été partagées avec Le Monde. L’estimation est vertigineuse : au moins 2 000 tonnes seraient sorties du pays depuis 2000, sans aucun contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Une quantité suffisante pour armer 600 têtes nucléaires, avec une destination principale : la Chine.







