Vincent GeorisJournaliste, Europe et International30 juillet 2026Aujourd'hui à 15:16Pour faire des centaines de milliards du futur Fonds européen de compétitivité un véritable levier industriel, l’UE devra trouver un équilibre entre préférence européenne et ouverture aux capitaux mondiaux. Le débat s’ouvre à la rentrée, et il sera chaud.L’Europe veut se doter d’un Fonds de compétitivité (FEC) de 409 milliards d’euros pour stimuler ses entreprises dans les secteurs de la défense, du numérique et de la transition afin de rattraper son retard sur la Chine et les États-Unis. Dès septembre, les négociations vont s’accélérer autour de cet instrument, qui devrait représenter un cinquième du budget de l’UE pour 2028-2034.Le chiffre est spectaculaire, mais il ne doit pas faire illusion. Ce futur fonds ne permettra pas, à lui seul, de combler le fossé économique et technologique. Sa valeur résidera dans l’effet de levier qu’il produira sur l’investissement privé, la recherche et l’industrie.Le pari est indispensable. En plaçant jusqu’à 175 milliards autour de la recherche et de l’innovation, la Commission européenne veut donner de l’oxygène à une Europe en décrochage technologique. Pour la Belgique, dont les universités, centres de recherche et entreprises innovantes dépendent en grande partie des financements européens, l’enjeu est considérable.Mais ces 409 milliards ne seront utiles que s’ils permettent d’attirer plusieurs fois leur montant en capitaux privés. C’est ici que se pose le débat sur la "préférence européenne".La souveraineté ne doit pas devenir une forteresseLes élus de Renew Europe, le groupe politique centriste et libéral européen, ont raison sur un point: l’argent européen doit davantage bénéficier aux entreprises européennes, et notamment aux PME qui peinent à rivaliser avec les géants américains et chinois. Sans garanties sur les retombées industrielles, le FEC financera la croissance des autres.Mais la souveraineté ne doit pas devenir une forteresse. Une PME belge peut être européenne par son siège, ses emplois et sa R&D tout en dépendant d’un composant américain, d’un investisseur canadien ou d’une chaîne d’approvisionnement asiatique.Des critères d’éligibilité trop rigides pourraient pénaliser les entreprises que l’Europe veut justement faire grandir. Et décourager les capitaux mondiaux dont elles auront besoin pour transformer l’argent public en investissements massifs.Autre écueil: le FEC renforcera le pouvoir de l’exécutif européen, puisque sa gestion sera centralisée à Bruxelles. Cette architecture évitera le "saupoudrage", mais elle contraste avec la politique de cohésion qui reste, elle, territorialisée. Les régions craignent de perdre de leur influence, au profit de la Commission.L’Europe devra trouver un équilibre vital: préférer l’écosystème européen sans l’isoler, concentrer les moyens sans assécher les territoires. Sa véritable souveraineté ne sera pas de "tout produire chez soi", mais, grâce à des critères d’éligibilité suffisamment souples, de pouvoir choisir les partenaires de sa renaissance économique.