Piqué au vif, le premier ministre Mark Carney a rejeté mercredi l’idée d’avoir multiplié les concessions sans obtenir de contreparties dans ses négociations commerciales avec Washington. « [Nous avons] la meilleure entente de libre-échange au monde à l’heure actuelle », a lancé le chef du gouvernement, visiblement irrité, lors d’une conférence de presse en Alberta.M. Carney a été contraint de défendre plusieurs décisions qualifiées de « reculs » ou de « sacrifices » par l’opposition, notamment l’abandon des redevances imposées aux géants américains de la diffusion en continu (streaming).En juin, le gouvernement fédéral annonçait qu’il renonçait à faire passer de 5 % à 15 % la contribution exigée des plateformes de diffusion en continu comme Netflix ou Disney+. Or, un document judiciaire récemment dévoilé confirme que le gouvernement fédéral souhaite désormais abolir complètement cette obligation pour la remplacer par un financement public.Mark Carney soutient toutefois que ce revirement ne vise pas à amadouer le gouvernement Trump, mais s’inscrit dans une logique d’abordabilité. Le gouvernement fédéral estime que les redevances auraient pour effet d’ajouter environ 40 $ à 50 $ par année à la facture des Canadiens.« La plupart des Canadiens sont abonnés à un ou deux de ces services de diffusion en continu, et ces coûts finissent par s’accumuler », a-t-il fait valoir. Aucun lien direct n’a toutefois été établi entre le prix des abonnements et le montant des contributions imposées aux plateformes.Le premier ministre a également dû justifier le compromis entourant le pont international Gordie-Howe, qui relie Détroit à Windsor et suscite la controverse depuis des semaines. Contrairement à l’entente initiale de 2012, le Canada partagera désormais la moitié des recettes nettes de péage avec les États-Unis durant les 15 premières années.« Remettons les choses en perspective. C’est faire preuve de pragmatisme pour aller de l’avant. Et nous avons un pont ouvert », s’est justifié M. Carney, rappelant les retombées économiques attendues de l’infrastructure.Le premier ministre fait face à une pression politique accrue. Après 15 mois au pouvoir, l’opposition lui reproche son manque de résultats, alors qu’il avait fait campagne sur sa capacité à tenir tête à Donald Trump. La tension est d’autant plus vive que le président américain a récemment menacé d’imposer de nouveaux droits de douane dès le 19 août.L’énergie ne sera pas un levierÀ trois semaines de la date butoir imposée pour les nouveaux droits de douane, Mark Carney a écarté l’idée d’utiliser les ressources énergétiques canadiennes comme moyen de pression. « Il est important d’être un fournisseur fiable. [...] Lorsqu’on fournit une ressource essentielle, il faut réfléchir très sérieusement avant de suspendre ou de limiter les approvisionnements », a-t-il répondu, interrogé sur la possibilité de suspendre les exportations de pétrole de l’Alberta aux États-Unis.Entre-temps, la négociatrice commerciale en chef Janice Charette et le ministre Dominic LeBlanc étaient à Washington mercredi pour poursuivre les négociations avec leurs homologues américains.