Bruno RaveschotResponsable du service Investir29 juillet 2026Aujourd'hui à 06:01L’incertitude qui entoure la décision monétaire de la Réserve fédérale américaine ce mercredi n’est pas étrangère au flou volontaire entretenu par son nouveau président Kevin Warsh. En s’abstenant de donner un cap plus clair aux marchés, ce dernier ne fait qu’y alimenter la volatilité actuelle. Après le statu quo décidé la semaine dernière par la Banque centrale européenne, les yeux sont désormais braqués ce mercredi vers son homologue américaine, la Réserve fédérale. A priori, la décision qu’elle s’apprête à prendre devrait être du même acabit, à savoir le maintien de ses taux directeurs à un niveau inchangé. C’est, du moins, ce que prévoit la toute grande majorité des économistes sondés sur la question, même si plusieurs d’entre eux n’excluent pas une hausse surprise. Sur les marchés, la probabilité de ce dernier scénario est passée de 25% il y a plus d’une semaine à près de 40% il y a quelques jours, avant de revenir autour des 30% ces dernières heures, ce qui témoigne de l’incertitude ambiante.Une incertitude en partie liée au mouvement de yoyo des cours du pétrole, qui flambent et se refroidissent au gré des développements imprévisibles du conflit au Moyen-Orient. Leur impact sur l’inflation est précisément ce qui conduit les marchés à parier sur une hausse des taux de la Fed dès ce jeudi ou au mois de septembre prochain. Car si les récentes statistiques montrent une légère décélération de la hausse des prix aux États-Unis, celle-ci demeure cantonnée à un niveau bien plus élevé que l’objectif de 2% visé par l’institution. Et la résistance affichée sur le plan de la croissance économique et du marché de l’emploi lui laisse le champ libre pour s’attaquer à ce front-là en priorité.Flou volontaire sur le cap monétaireC’est d’ailleurs ce que semble avoir suggéré son nouveau président, Kevin Warsh. Lui dont on craignait qu’il se profile comme la marionnette d’un Donald Trump réclamant un solide assouplissement monétaire, a quelque peu surpris depuis son arrivée, en soulignant sa détermination à combattre l’inflation coûte que coûte.Mais si le ton emprunté était résolument assertif sur ce point, la manière d’y parvenir reste volontairement plus floue. C’est que l’intéressé n’entend surtout pas révéler ses cartes, ni celles de la Fed dans son ensemble. Pour lui, il y aurait même lieu de supprimer ce qu’on appelle la "forward guidance" de l’institution, soit les indications sur ses décisions à venir. Des indications trop contraignantes, juge-t-il, préférant sans doute se garder le plus de marge de manœuvre possible.On ne peut toutefois que déplorer ce flou qui alimente, lui aussi, l’incertitude ambiante. Dans le contexte ultra-volatile que traversent les marchés actuellement, un peu de prévisibilité sur le cap monétaire ne serait vraiment pas du luxe. Entre la girouette de la Maison-Blanche et la boussole de la Fed qui n’indique plus le Nord, les investisseurs n’ont apparemment plus d’autre choix que de naviguer à vue pour traverser la tempête.