Arts VIDÉO — Inconnue à sa mort en 1954, Frida Kahlo est aujourd’hui devenue une icône, à haute valeur marchande. L’expo “Frida : The making of an Icon” à La Tate Modern de Londres retrace le parcours de celle qui fut une influenceuse avant l’heure. Par Pierrick Allain Publié le 28 juillet 2026 à 16h38 Son visage est partout : sur des sacs en tissu, des baskets, voire des bouteilles de tequila. Madonna la vénère et collectionne ses œuvres. Salma Hayek l’a incarnée au cinéma… Pourtant, lorsqu’elle meurt, en 1954, Frida Kahlo est une artiste peu connue, longtemps éclipsée par son mari, le peintre muraliste Diego Rivera. La Tate Modern de Londres lui consacre une exposition majeure qui décrypte le mystère de cette étonnante « fridamania ». Le secret de cette célébrité posthume repose sur une mythologie personnelle construite de toutes pièces. Véritable « influenceuse » avant l’heure, Frida Kahlo s’est mise en scène dans ses multiples autoportraits à plusieurs facettes, revendiquant une identité complexe : métisse, bisexuelle, avant-gardiste et militante politique. Cette personnalité forte et indépendante a été naturellement érigée en symbole par le mouvement chicano américain à la fin des années 1960, puis par les militantes féministes dans les années 1970. Dualité et douleur universelle Dans cette vidéo on s’arrête sur ses toiles qui confirment ce statut et l’ampleur de son mythe. Dans Les Deux Fridas (1939), elle exprime sa profonde dualité culturelle avec une Frida en tenue mexicaine tenant la main de son double en robe coloniale. Son image d’héroïne tragique, elle, se fige dans l’Autoportrait au collier d’épines et colibri (1940), tableau que l’on peut voir dans l’exposition. Elle y toise le spectateur, le visage impassible sous son fameux monosourcil, le cou ensanglanté par un collier christique. La peintre théâtralise sa douleur extrême pour la rendre universelle. Dans Le Cerf blessé (1946), elle greffe son propre visage sur un faon criblé de flèches, fusionnant le corps féminin avec la nature. Faut-il y voir les prémices de l’écoféminisme contemporain ? L’ironie derrière l’œuvre Derrière ce succès mondial, cette « fridamania », se cache une ironie que l’exposition de Londres met subtilement en lumière. Frida Kahlo était une fervente citrique du capitalisme. Lors de ses séjours aux États-Unis, elle en a dénoncé les excès. Elle défendait un idéal communiste, a côtoyé Léon Trotski lorsque celui-ci s’est réfugié chez elle au Mexique. Il y a donc quelque chose d’ironique à voir son visage imprimé sur des sacs, des baskets ou des bouteilles de tequila, et ses tableaux atteindre des sommes vertigineuses sur le marché de l’art. Frida Kahlo est devenue une marque mondiale. Une icône parfois réduite à son monosourcil ou à ses fleurs dans les cheveux. Mais derrière le mythe demeure une artiste d’une sincérité désarmante, qui a transformé sa douleur, son corps et ses combats en peinture. C’est sans doute pour cela que, soixante-dix ans après sa mort, la foule continue de se presser devant ses œuvres. Car c’est dans ses tableaux que réside le véritable secret de sa légende. Arts Londres Vidéos Peinture Expositions Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. Nous respectons votre choix, et nous y veillerons. Chaque jour, la rédaction et l'ensemble des métiers de Télérama se mobilisent pour vous proposer sur notre site une offre critique complète, un suivi de l'actualité culturelle, des enquêtes, des entretiens, des reportages, des vidéos, des services, des évènements... Qualité, fiabilité et indépendance en sont les maîtres mots. Pour ce faire, le soutien et la fidélité de nos abonnés est essentiel. Nous vous invitons à rejoindre à votre tour cette communauté en vous abonnant à Télérama. Merci, et à bientôt. S’abonner
Expo Frida Kahlo à Londres : d’une existence brisée à la “fridamania” : secrets de la fabrication d’une icône
VIDÉO — Inconnue à sa mort en 1954, Frida Kahlo est aujourd’hui devenue une icône, à haute valeur marchande. L’expo “Frida : The making of an Icon” à La Tate Modern de Londres retrace le parcours de celle qui fut une influenceuse avant l’heure.








