Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Intelligence artificielle Intelligence artificielle Intelligence artificielle Tribune Joseph Bohbot professeur de géographie L’essor de l’intelligence artificielle repose sur des infrastructures physiques gourmandes en ressources locales, qui échappent largement au contrôle et à la souveraineté des Etats, observe Joseph Bohbot, professeur de géographie à Sorbonne Université, dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 09h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés La société Mistral AI pourrait boucler, au cours des prochaines semaines, une levée de fonds de 3 milliards d’euros, pour une valorisation dépassant les 20 milliards d’euros, ce qui représenterait une première pour une start-up française. Une partie de ces fonds visera à sécuriser de nouveaux centres de données, en France et en Suède. Derrière le récit d’une intelligence artificielle (IA) européenne et souveraine se dessine une concurrence matérielle autour des data centers, ainsi que de l’accès à l’électricité bon marché, à l’eau et au foncier. Cette course aux infrastructures soulève des interrogations sur le retour d’une économie de « comptoirs » sans liens tangibles avec le territoire, et sur la marge de manœuvre réelle des Etats. Disponible du bout des doigts grâce à nos smartphones et à nos ordinateurs, l’IA n’a pourtant rien de virtuel : elle repose sur une géographie concrète, mettant des territoires au service du calcul. Elle fonctionne selon une logique de comptoirs, capables de capter les ressources des espaces dans lesquels ils s’ancrent. Des centres « d’apprentissage » des IA de Nairobi aux usines de semi-conducteurs taïwanaises, en passant par les mines de la République démocratique du Congo et les data centers installés massivement en Irlande, l’IA relie des territoires très différents dans une même chaîne matérielle et résolument extractiviste. De telles enclaves brouillent les distinctions habituelles entre le Nord et le Sud. Dans cette économie du calcul, l’espace mondial n’est pas seulement organisé selon la richesse ou la puissance des Etats, mais par des fonctions (extraire, produire, traiter, stocker, refroidir, connecter). Ainsi, des pays européens et africains, mais aussi certaines régions des Etats-Unis, peuvent, au gré de modalités différentes, se retrouver au service des géants californiens de la tech. Le capitalisme de données ne supprime pas l’espace, mais il le spécialise et l’organise à travers une série d’infrastructures physiques. Il vous reste 65.46% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.