Flavio Bolsonaro a été investi samedi par le principal parti de droite du Brésil pour affronter au scrutin d’octobre le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, ont constaté des journalistes de l’AFP.« Ici coule le sang de Bolsonaro », a lancé en se tapotant le bras le sénateur et fils de l’ex-président Jair Bolsonaro (2019-2022), emprisonné pour tentative de coup d’État, lors d’une convention du Parti libéral à Sao Paulo.Avec le président ultralibéral argentin Javier Milei en invité, le Parti libéral (PL) a ouvert dans la mégalopole Sao Paulo sa convention pour investir le sénateur Bolsonaro, 45 ans, monté sur scène sous une ovation.Adoubé comme héritier par son père après l’incarcération de ce dernier en 2025, Flavio Bolsonaro promet aux électeurs de « libérer » le géant latino-américain du crime, de l’inflation et du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui à 80 ans briguera un quatrième mandat non consécutif.« On aimerait que notre candidat soit Jair Bolsonaro, mais aujourd’hui Flavio est l’option la plus judicieuse », dit à l’AFP Fernando Moeno, policier militaire retraité de 50 ans venu assister à l’événement.

Souvent vêtus de maillots de l’équipe brésilienne de foot, adopté comme symbole par les bolsonaristes, les sympathisants tapaient sur des tambours et agitaient des drapeaux dans un hangar attenant au stade du Pacaembu.Après un bon démarrage qui l’avait placé au coude-à-coude avec son rival, le fils aîné de Jair Bolsonaro a perdu de son élan ces dernières semaines. Selon une enquête publiée vendredi par l’institut Datafolha, Lula obtient 48 % d’intentions de vote, et lui 43 %.« C’est un moment de fragilisation pour Flavio, […] il existe une incertitude quant à la viabilité de sa candidature, car le rejet de sa personne a augmenté », déclare à l’AFP Marco Teixeira, professeur de science politique à la Fondation Getulio Vargas.Banquier et belle-mèreLa mauvaise passe a commencé lorsque le site Intercept Brasil a révélé en mai un message audio que Flavio Bolsonaro avait envoyé à Daniel Vorcaro, banquier arrêté depuis pour une vaste fraude financière, afin de lui demander de l’argent pour financer un film sur son père.Flavio Bolsonaro a récusé toute malversation et toute « intimité » avec le banquier.Un autre front s’est ouvert au sein même de sa famille en juin, lorsque sa belle-mère Michelle Bolsonaro s’est plainte sur les réseaux sociaux d’une « humiliation » qu’il lui aurait fait subir lors d’une conversation téléphonique.L’ex-première dame est essentielle au camp Bolsonaro pour attirer les électrices et le puissant courant évangélique.Jeudi, après des excuses de son beau-fils, Michelle Bolsonaro lui a, dans une chorégraphie parfaitement huilée, accordé son pardon, scellant une réconciliation. Mais elle ne doit pas assister samedi à la mise sur orbite de Flavio Bolsonaro.« Ça arrive dans n’importe quelle famille, le pouvoir de Michelle a beaucoup grandi et cela a provoqué une petite jalousie naturelle », estime Maria de Almeida, retraitée de 63 ans.La convention du PL comptera avec la présence du président argentin Javier Milei, figure d’une droite latino-américaine en pleine ascension, à qui la justice brésilienne a refusé l’autorisation de rendre visite, en résidence surveillée, à Jair Bolsonaro.Flavio Bolsonaro, lui, a l’interdiction de rendre visite à son père pendant trois mois — jusqu’au lendemain du premier tour du scrutin le 4 octobre.S’il s’emploie à se montrer « plus modéré » que son géniteur, il a toutefois mis en doute cette semaine la fiabilité du système de vote électronique, avec des arguments similaires à ceux qui ont conduit à l’inéligibilité de l’ex-président d’extrême droite (2019-2022).« Traître »Allié de la famille Bolsonaro, le président américain Donald Trump complique aussi la donne.Se campant en défenseur de la « souveraineté » brésilienne, Lula accuse Flavio Bolsonaro d’être un « traître » qui soutient la guerre commerciale lancée par Washington contre Brasilia.Les États-Unis viennent d’imposer deux vagues de droits de douane sur des produits brésiliens, après une première surtaxe en 2025 infligée en représailles au procès de Bolsonaro père.Cette sanction commerciale initiale, poussée par un frère de Flavio Bolsonaro, Eduardo, a été en partie annulée après un bref rapprochement entre Lula et son homologue américain.Récemment, Flavio Bolsonaro avait demandé à l’administration Trump de renoncer à de nouveaux droits de douane, afin que Lula ne tire pas profit politiquement des pressions américaines. En vain.