Tu ne portes pas ces tenues pendant tes DJ sets?"Quand une réservation pour un DJ set dans un grand festival tombe plusieurs mois à l’avance, je me dis que j’ai envie de porter quelque chose de vraiment cool. Et pourtant, les tenues de scène sont généralement une décision prise à la toute dernière minute. La veille, je finis souvent par me dire soudain: 'Merde, qu’est-ce que je vais mettre?'""Dans tous les cas, ce sera probablement assez improvisé, quelque part entre 'défilé de mode parisien' et 'objets trouvés' — tu sais, comme quand tu avais fait pipi dans ton pantalon et que l’école t’en donnait un sec? L’idée est de semer un peu le doute dans le public: 'Ce type est sérieux ou pas?' Je cherche la confusion."Lire aussiTu décides seul?"Ma copine est un peu ma styliste: je lui décris l’ambiance que je recherche et elle improvise ensuite, en échangeant des idées avec moi. Mais si j’arrive avec quelque chose de laid, elle n’hésite pas à me dire catégoriquement: 'Non, absolument pas.' La dynamique classique." (rires)"Elle s’intéresse énormément aux vêtements. Nous gérons 17vintage.be, une boutique en ligne pour laquelle nous sélectionnons ensemble des vêtements vintage. Sur scène, je porte d’ailleurs souvent les t-shirts que nous imprimons avec nos propres motifs, ainsi que des pièces qu’elle a upcyclées: une chemise avec une coupe bien précise, par exemple, ou un pantalon particulier, mais légèrement raccourci. Des pièces que nous avons fini par concevoir nous-mêmes parce que nous ne les trouvions nulle part ailleurs.""Sur scène, une tenue dans laquelle je me sens bien peut vraiment avoir un effet sur moi."Faisal ChatarDJ et producteur"Sans forcément courir après les tendances, mon style peut varier énormément d’un jour à l’autre, mais il doit toujours me sembler juste, cohérent et sincère. Parfois, cela donne quelque chose d’extravagant et, d’autres fois, simplement un jean et un t-shirt blanc. Tout reste donc possible."À droite: Faisal Chatar. Quel accessoire vient parfaire sa tenue? "C’est très cliché, mais la confiance en soi est évidemment l’accessoire indispensable à toute tenue: il faut la porter comme si on l’assumait vraiment. En dehors de cela, je dirais une bonne paire de lunettes de soleil."© Laura van der SpekQuel accessoire vient parfaire ta tenue?"C’est très cliché, mais la confiance en soi est évidemment l’accessoire indispensable à toute tenue: il faut la porter comme si on l’assumait vraiment. En dehors de cela, je dirais une bonne paire de lunettes de soleil, qui semble avoir été conçue pour ton visage. Elle inscrit chaque tenue dans le contexte que tu veux lui donner.""Je n’étais pas du tout un amateur de lunettes de soleil jusqu’au jour où j’en ai trouvé une bonne paire. Depuis, je suis devenu un peu incontrôlable dans ce domaine. Certaines sont très chics, mais j’en ai aussi une achetée dans une station-service au Mexique que je trouve fantastique — et oui, ma copine la déteste." (rires)Quel effet une tenue doit-elle avoir sur toi?"Surtout sur scène, une tenue dans laquelle je me sens bien peut vraiment avoir un effet sur moi. Cette veste particulière, ce pantalon préféré, ce t-shirt ou cette paire de chaussures peuvent fonctionner comme une sorte d’armure. J’ai alors l’impression de franchir un portail vers une autre dimension, où existe la version scénique de moi-même. Je me sens prêt à monter sur scène, un peu plus cool, en quelque sorte.""C’est d’ailleurs aussi vrai en dehors de la scène: avec la chemise parfaite, on peut avoir l’impression d’être capable de conquérir le monde."Quel souvenir de festival restera toujours gravé dans ta mémoire?"Il y en a tellement. L’été dernier, les scènes principales de Rock Werchter et de Pukkelpop avec GLINTSAL ont été de vrais moments marquants. Mais mes souvenirs préférés viennent de lieux inattendus, de ceux à propos desquels les gens prétendent ensuite avoir été présents.""Je pense notamment à un petit festival quelque part en Campine, où j’ai vécu le pire cauchemar d’un musicien: une coupure de courant. 'Putain', me suis-je dit. Mais, quelques secondes plus tard, quelqu’un dans le public s’est mis à chanter. Tout le monde a ensuite repris en chœur toutes sortes de morceaux pendant un quart d’heure, y compris des hymnes dont je n’avais jamais entendu parler. En réalité, ces quinze minutes étaient presque plus chaleureuses qu’avec le courant. Mais bon, une victoire reste une victoire, à mes yeux. Et lorsque l’électricité est revenue, la salle a explosé encore plus fort."Lire aussi"La tenue doit justement me permettre de me sentir mieux, afin que je puisse donner le meilleur de moi-même et que le public en profite au maximum", estime Faisal Chatar.© Kevin BoitelleAs-tu déjà ruiné une tenue de scène?"Oh oui, bien trop souvent! Je me fais avoir à chaque fois par le catering en coulisses. J’ai déjà enfilé ma tenue de scène, il reste encore quelques heures avant mon set, et je mange des spaghettis. Résultat: une énorme tache de sauce sur mon t-shirt. Comme il y a quelques années à Paradise City, où j’ai collé un autocollant de backstage par-dessus, comme si c’était volontaire."Quelle a été ta tenue de scène la moins pratique?"Cela fait déjà longtemps que je suis dans ma période bottes de cow-boy. Récemment, j’ai commis l’erreur de porter une paire neuve, pas encore faite à mes pieds, pour un set de quatre heures. Le lendemain, mes pieds avaient eux-mêmes des genoux."Tu préfères te produire l’après-midi ou au milieu de la nuit?"Je suis clairement un oiseau de nuit. J’aime le moment où tout le monde se transforme en une sorte de masse bouillonnante. Les gens se sentent aussi un peu plus en sécurité, d’une certaine manière, du moins sur la piste de danse. Ils se cachent moins et osent davantage se laisser aller.""Dans l’obscurité, le public peut davantage rester dans sa propre bulle, ce qui me permet, je trouve, de mieux réagir à son énergie. L’après-midi, cela peut être un peu confrontant de voir et de reconnaître les autres. Sur certains visages, je peux lire qu’ils regrettent d’être là, après avoir déjà bu quelques bières de trop. Je n’ai pas besoin de voir ça."Faisal Chatar attend surtout avec impatience ses créneaux à Kiewit: "Le vendredi, j’y présenterai pour la première fois un live act avec IJSLAND et, depuis quelques années, j’ai le privilège de clôturer le festival le dimanche avec un DJ set. Entre les deux, il y aura Lowlands, là aussi avec Sef et Abel."© Laura van der SpekFaire du stage diving ou être entraîné dans un moshpit?"Donnez-moi plutôt un moshpit. À l’adolescence, j’allais assez souvent à des festivals de metal. C’est au festival allemand de heavy metal Keep It True que je suis entré pour la première fois de ma vie dans un moshpit. C’était une expérience incroyable.""Même si cela semble chaotique, sauvage et agressif, c’est en réalité très fédérateur. Si quelqu’un tombe ou si quelque chose tourne mal, toute la machine s’arrête immédiatement. Toutes ces mains tendues font alors penser à La Création d’Adam de Michel-Ange.""Outfit malfunction" ou "microphone malfunction"?"Un problème de tenue, car, au bout du compte, tout doit tourner autour d’une seule chose: le public. Je préfère que mon pantalon se déchire et que la fête puisse continuer plutôt que de devoir tout interrompre à cause d’un problème de micro. La tenue doit justement me permettre de me sentir mieux, afin que je puisse donner le meilleur de moi-même et que le public en profite au maximum.""Curieusement, aujourd’hui, un incident est presque devenu un avantage, parce qu’il contribue à l’expérience du live. Les personnes présentes raconteront ensuite avec enthousiasme comment mon pantalon s’est déchiré."Quel artiste as-tu hâte de voir cet été, pour sa tenue comme pour sa musique?"Sylvie Kreusch porte toujours des tenues folles et incroyablement cool, une sorte de femme fatale doublée d’une super-héroïne sur scène. C’est aussi le cas d’Amyl and the Sniffers, de Bad Bunny et des gars de De Jeugd van Tegenwoordig — sans Bas." (rires)"Musicalement, j’attends surtout avec impatience ce que je ne connais pas: les artistes vers lesquels mes amis vont m’entraîner ou les recommandations de dernière minute de quelqu’un sur le site du festival ou dans les coulisses. Ces moments me surprennent toujours vraiment. Je n’ai encore jamais écouté leur musique ni regardé de vidéos sur YouTube, ce qui me permet d’être entièrement absorbé par le spectacle.Lire plusLa musicienne Tsar B raconte son été de festivalsÀ Knokke, le DJ John Noseda lance "80s Riviera", sa nouvelle fête rétro sur la plage événementielleLe nouveau symbole de statut des célébrités se porte désormais sur le nez