Les personnes condamnées pour banditisme, trafic de drogue ou participation à une organisation criminelle pourront désormais rejoindre l'armée russe. Face au ralentissement du recrutement de soldats sous contrat et à des pertes toujours élevées en Ukraine, Moscou élargit encore son vivier de recrues potentielles. Mercredi 23 juillet, la Douma a adopté une loi autorisant le recrutement de nouvelles catégories de repris de justice. Désormais, des personnes reconnues coupables de banditisme, de participation à une organisation criminelle, de trafic de drogue, d'organisation de l'immigration clandestine, mais aussi d'infractions liées au trafic d'armes, d'explosifs, de matières radioactives ou encore à la perte de documents contenant des secrets d'État pourront signer un contrat avec le ministère de la défense. Pour compenser les pertes parmi les quelque 700 000 soldats déployés sur le front, la Russie ne cesse d'intensifier ses campagnes de recrutement. Depuis la mobilisation partielle de septembre 2022, Moscou cherche à éviter une nouvelle conscription nationale en privilégiant le recrutement de soldats sous contrat, à coups de fortes primes financières : selon le Moscow Times, elles peuvent atteindre 5,5 millions de roubles (70 200 dollars) pour un contrat d'un an. Le tout en ouvrant progressivement ce recrutement à des catégories de population toujours plus nombreuses."Laver leur honte par le sang"Mais si le gouvernement affirme que plus de 80 000 soldats sous contrat ont rejoint l'armée au cours du premier trimestre 2026, certains médias indépendants russes estiment que le recrutement s'essouffle. Selon les médias russes exilés Vyorstka et IStories, le nombre de nouvelles recrues a chuté d'environ un tiers depuis le début de l'année par rapport à 2025. Dans le même temps, Le Monde avance des estimations évaluant les pertes mensuelles russes entre 30 000 et 34 000 hommes durant le premier semestre 2026, soit davantage que les 27 000 soldats environ recrutés chaque mois. Au total, la Russie a perdu environ 1,4 million de soldats (tués, blessés graves et disparus) depuis le début du conflit, selon le Center for Strategic & International Studies.En 2022 déjà, le groupe paramilitaire Wagner avait commencé à puiser massivement dans les prisons russes pour envoyer des détenus combattre en Ukraine, notamment lors de la bataille de Bakhmout. Les recrues étaient principalement des condamnés pour des crimes graves (meurtres, vols avec violence, trafic de drogue, etc.). À partir de 2023, après la révolte de Wagner et sa reprise en main progressive par l'État russe, le ministère de la Défense russe avait repris ce dispositif et commencé à signer directement des contrats avec des condamnés.Le nouveau texte adopté par les députés russes franchit une étape supplémentaire en ouvrant le recrutement à ces nouvelles catégories de condamnés. Des amendements au Code pénal prévoient que les personnes recrutées pourront être exonérées de leur responsabilité pénale après la signature de ce contrat ou l'accomplissement de leur service militaire. Le député Andreï Kolesnik, membre de la commission de la défense, a récemment estimé que ces condamnés devaient avoir "une chance de laver leur honte par le sang". Selon lui, ils seront soumis à une sélection préalable, puis affectés à des unités d'assaut distinctes, séparées des soldats sous contrat sans casier judiciaire. "Tous ne reviendront pas", a-t-il reconnu. Un recrutement de plus en plus désespéré Signe des difficultés à mobiliser rencontrées par Moscou, l'élargissement du vivier ne touche pas que les prisons : cette année, les universités ont aussi été mises à contribution. Selon le Moscow Times, les étudiants sont encouragés à rejoindre les unités de drones, tandis que certains de ceux ayant échoué à leurs examens d'hiver se sont vu proposer un contrat militaire comme alternative au renvoi. Le défenseur des droits humains Sergueï Krivenko indique au Moscow Times que ces campagnes visent aussi les migrants, les personnes en difficulté financière et les sans-abri. Dans la région de Penza, le mois dernier, des forces de sécurité et des bureaux de recrutement ont même procédé à des rafles dans les rues afin de pousser des hommes à signer un contrat militaire, rapporte par ailleurs le journal russe. Les autorités régionales ont, parallèlement, relevé à plusieurs reprises les primes versées aux nouvelles recrues, preuve que les incitations financières ne suffisent plus à attirer suffisamment de volontaires.Cet élargissement du recrutement intervient alors que la Russie cherche à éviter une nouvelle mobilisation générale, jugée politiquement risquée. Le Kremlin continue officiellement d'exclure un nouveau rappel des réservistes. Selon des experts cités par le Moscow Times, le gouvernement russe préparerait néanmoins en parallèle des outils administratifs capables d'organiser rapidement cette deuxième mobilisation générale si nécessaire.
En manque de soldats, la Russie élargit encore le recrutement des criminels
Pour combler ses pertes en Ukraine, Moscou n'hésite plus à chercher de nouveaux soldats jusque dans ses prisons. Les catégories de condamnés pouvant être recrutés dans l'armée viennent d'être étendues.











