Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Société Société Société Éditorial Le Monde Le profil conservateur de François-Noël Buffet inquiète. Dans ses nouvelles fonctions, il devra faire fi de ses positions passées pour remplir sa mission de défense et de garantie des droits et libertés. Publié aujourd’hui à 10h30 Temps de Lecture 2 min. C’est une nomination qui pose question, à juste titre. François-Noël Buffet, sénateur Les Républicains (LR) de 62 ans, est devenu le nouveau Défenseur des droits, pour un mandat de six ans non révocable et non renouvelable. Proposée par le président de la République, Emmanuel Macron, la candidature de M. Buffet vient d’être approuvée par les parlementaires. Il succède à Claire Hédon, ancienne présidente de l’ONG ATD Quart-Monde, en place depuis 2020. Le profil de M. Noël suscite une vive inquiétude chez plusieurs associations de défense des droits humains ainsi qu’au sein de l’opposition de gauche et écologiste. Leur réaction est compréhensible : l’avocat de formation, ancien président de la commission des lois du Sénat, s’est distingué à plusieurs reprises par des positions conservatrices contre le mariage pour tous et contre l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes. En 2024, il s’est abstenu lors du vote sur la constitutionnalisation de l’interruption volontaire de grossesse. Pendant son audition devant les députés de la commission des lois, il a voulu rassurer en disant qu’il avait évolué sur ces sujets. Le mandat de François-Noël Buffet n’est évidemment pas écrit et il faut se garder de tout procès d’intention. Il s’agit, malgré tout, d’être extrêmement vigilant sur l’accomplissement de sa mission. Or, celle du Défenseur des droits est essentielle. C’est une vigie des droits et libertés, garante de l’Etat de droit, qui dispose d’importants pouvoirs d’enquête. Cela peut être un véritable contre-pouvoir. Autorité administrative indépendante – inscrite dans la Constitution –, le Défenseur des droits intervient dans plusieurs domaines, comme la déontologie des professionnels de la sécurité, la défense des droits de l’enfant, la lutte contre les discriminations ou encore la protection des lanceurs d’alerte. Cette institution est ainsi amenée à intervenir notamment en cas de violences policières. Mme Hédon l’a fait lors des manifestations contre la réforme des retraites, en 2023, alertant sur un maintien de l’ordre trop brutal. Plus récemment, elle s’est prononcée contre la présomption d’« usage légitime des armes » des policiers et des gendarmes dans l’exercice de leurs fonctions et a dit son opposition aux amendes forfaitaires délictuelles, dont le champ est étendu par la loi Ripost. Ces deux dernières dispositions, qui viennent d’être adoptées par le Parlement, seront au cœur des premiers mois de François-Noël Buffet dans ses nouvelles fonctions. C’est d’ailleurs cela qui préoccupe les associations de défense des droits humains : M. Buffet a été, entre décembre 2024 et octobre 2025, ministre délégué à l’intérieur sous l’autorité de Bruno Retailleau, laissant planer un doute sur sa capacité à enquêter avec impartialité sur les dossiers mettant en cause les forces de l’ordre. Interrogé sur le sujet par les députés de l’opposition, l’ancien sénateur du Rhône n’a apporté que des réponses floues, sans rassurer. Le rôle du Défenseur des droits pourrait, en outre, revêtir une importance encore plus forte en cas d’élection de Marine Le Pen à la présidence de la République, au printemps 2027. Car la candidate du Rassemblement national entend bien appliquer son programme, articulé autour de la proposition xénophobe de la préférence nationale et qui prévoit, par exemple, l’interdiction du voile dans l’espace public. Une éventualité qui nécessite un Défenseur des droits encore plus fort et plus légitime qu’auparavant. Le Monde