22 juillet 2026Aujourd'hui à 18:42Au-delà du camouflet de Michael O'Leary, c'est l'incapacité de la Wallonie à diversifier le modèle de Charleroi qui pèse sur l’avenir de l’aéroport.Il y a longtemps que Michael O'Leary ne s'embarrasse plus des formes lorsqu'il s'agit de défendre les intérêts financiers de Ryanair. En mettant à exécution sa menace de retirer cinq avions basés à l'aéroport de Charleroi (BSCA), le patron de la compagnie irlandaise rappelle ainsi que le rapport de forces fait partie intégrante de sa stratégie commerciale.La Wallonie et le Fédéral lui avaient pourtant consenti d'importantes concessions en réduisant de près de 30 millions d'euros les taxes pesant sur les passagers et sur l'aéroport, dans l'espoir d'apaiser les tensions. On voit le résultat…Plutôt que de continuer à danser au rythme des ultimatums de Michael O'Leary et de se plier à ses exigences, les responsables politiques devraient enfin s'attaquer au véritable problème: la dépendance excessive de l'aéroport de Charleroi à Ryanair. Certes, la compagnie low cost a largement contribué au succès de BSCA. Mais en deux décennies rythmées par les conflits, la relation est passée du statut de partenariat historique à celui de dépendance.On le sait: à trop dépendre d'une seule compagnie qui représente plus de 80% du trafic total de l'aéroport, on s'expose à subir ses menaces à répétition. Jusqu'au jour où Ryanair décidera de plier bagage, clouant au sol un modèle économique dont chacun reconnaît aujourd'hui la fragilité?Mais Charleroi a-t-il seulement les moyens de sortir de cette dépendance? Sa piste de 3.200 mètres, allongée en 2021, permet en théorie d'accueillir des avions gros-porteurs et des vols long-courriers. Ils se font toujours attendre. Situé à une cinquantaine de kilomètres de Bruxelles, BSCA pourrait également constituer une plateforme complémentaire pour certains trafics aujourd'hui concentrés à Zaventem. Une telle évolution se heurterait toutefois aux équilibres politiques et économiques, la Région flamande étant l'actionnaire principal de Brussels Airport, où sont basés les avions de Brussels Airlines. Enfin, une meilleure accessibilité, notamment ferroviaire, permettrait d'élargir la clientèle de l'aéroport.Le gouvernement wallon réfléchit actuellement à une évolution de l'actionnariat de l'aéroport. C'est le moment de poser la seule question qui compte: quel modèle économique veut-on pour Charleroi? Un aéroport dont l'avenir dépend des décisions d'une seule compagnie ou une plateforme suffisamment diversifiée pour ne plus vivre au rythme des ultimatums de Ryanair?Dans cette affaire, le véritable camouflet ne réside peut-être pas dans la décision de Ryanair. Il réside dans le fait que, vingt-cinq ans après son arrivée à Charleroi, la Wallonie n'a toujours pas réussi à construire un modèle capable de s'affranchir de cette dépendance.