EconomieClimat et transitionsPolitique économiqueTech et transformationsEntreprisesMédiasEmploi - ManagementAmérique du Nord. La Maison-Blanche vise près de 20 milliards de dollars de produits canadiens : en arrière-plan se joue déjà la renégociation de l'accord commercial nord-américain.Par Marion ProstPublié le 21/07/2026 à 12:23Donald Trump dans le Maryland, le 19 juillet 2026.REUTERSDonald Trump n'aime manifestement pas le feu, mais il continue d'y jeter de l'huile : vendredi dernier, le président américain menaçait le Canada de nouvelles taxes douanières en raison de la pollution de l’air causée par les incendies dans le pays. Ce lundi 20 juillet, le républicain a bel et bien annoncé des surtaxes supplémentaires pour son voisin, dont la justification officielle répond à un grief plus classique : le Canada traiterait les produits américains moins bien que ceux de ses autres partenaires.À partir du 19 août, une sélection de marchandises canadiennes sera frappée d'un droit supplémentaire de 50 %. La liste va du vin au ciment, en passant par les meubles, les vêtements, et les bâtons de hockey. Près de 20 milliards de dollars d'importations sont concernés. L'énergie, la potasse, les minerais critiques et le poisson sont épargnés, tout comme l'acier et l'aluminium, déjà taxés. Selon Capital Economics, la mesure toucherait environ 5 % des importations américaines en provenance du Canada.L'ACEUM détricotéSurtout, les produits conformes à l'Accord Canada-États-Unis-Mexique, ou ACEUM, ne seront pas exemptés. Cet accord signé en 2020, lors du premier mandat de Donald Trump, protégeait jusqu'ici l'essentiel des échanges entre les trois pays. Désormais, un produit respectant parfaitement ses règles pourra tout de même être taxé à 50 %. Donald Trump l'avait présenté comme supérieur à l’ancien accord de libre-échange ; six ans plus tard, il décide lui-même d’en écarter la principale exception pour les produits visés.Washington a ainsi signé trois proclamations. La première concerne l'automobile : la Maison-Blanche reproche au Canada de taxer certains véhicules américains et d'imposer des quotas qui inciteraient les constructeurs à produire au nord de la frontière. La deuxième vise l'alcool. Depuis 2025, la plupart des provinces et territoires canadiens ont retiré les boissons américaines de leurs réseaux publics en réponse aux précédents droits de douane américains. La troisième porte sur les produits laitiers : l'administration Trump estime que le fromage européen bénéficie d'un meilleur accès au marché canadien que le fromage américain. Pour la Maison-Blanche, le Canada discrimine et les États-Unis corrigent. Du côté d'Ottawa, le Canada n'a fait que répliquer à des mesures américaines qui violaient déjà l'ACEUM. Le Premier ministre Mark Carney a qualifié l'annonce de nouvelle action unilatérale et a rappelé que son gouvernement avait soumis des propositions pour régler le différend. Doug Ford, le premier ministre de l'Ontario, a opté pour une formule moins diplomatique : si les taxes entrent en vigueur, le Canada devrait répondre "tarif pour tarif, dollar pour dollar".Pour imposer ces droits, Donald Trump s'appuie sur la section 338 du Tariff Act de 1930. Le texte autorise le président à taxer jusqu'à 50 % les produits d'un pays qui désavantagerait le commerce américain. Cette disposition n'avait encore jamais été utilisée ainsi. Elle permet surtout à la Maison-Blanche d'agir sans nouveau vote du Congrès, à condition d'établir une discrimination. La section 338, encore inéditeLe choix juridique compte : en février, la Cour suprême a invalidé l'usage des pouvoirs économiques d'urgence pour imposer les droits de douane mondiaux de Donald Trump. L'administration a depuis mobilisé d'autres articles : la section 122 pour une taxe générale temporaire de 10 %, désormais la section 338 contre le Canada, et la section 301 contre le Brésil. En effet, quelques jours plus tôt, les États-Unis avaient annoncé des droits de 25 % sur de nombreux produits brésiliens, après une enquête sur les pratiques commerciales du pays. Le protectionnisme reste le même, mais ses références légales changent. Une contestation devant les tribunaux est déjà attendue. Le délai de trente jours avant l'entrée en vigueur de ces nouvelles surtaxes laisse une place à la négociation. L'ACEUM vient d'entrer dans sa période de révision, mais Washington discute surtout avec le Mexique et tarde à ouvrir des pourparlers formels avec le Canada. Mexico et Ottawa souhaiteraient prolonger l'accord jusqu'en 2042 ; les États-Unis ont refusé de le renouveler en l'état. Ces nouveaux droits offrent donc à Donald Trump un moyen de pression au moment où se décide l'avenir du commerce nord-américain.Le Canada reste pourtant le deuxième partenaire commercial des États-Unis, avec 716 milliards de dollars d'échanges l'an dernier. Les chaînes de production sont intégrées, notamment dans l'automobile, et 85 % du commerce canadien avec les États-Unis restait encore exempt de droits au début de l'été.
Droits de douane : Donald Trump menace de relancer la guerre commerciale avec le Canada
La Maison-Blanche vise près de 20 milliards de dollars de produits canadiens : en arrière-plan se joue déjà la renégociation de l'accord commercial nord-américain.










