Tout l’été, retrouvez des portraits et interviews d’étudiants ou de jeunes actifs inspirants. Ils vous racontent leur parcours et ce qui a changé leur vie. Dans le premier volet de notre série en huit épisodes, nous avons rencontré Bilal, en dernière année à l’EDHEC à Lille. Il a monté sa petite entreprise de location à l’année de meubles aux étudiants. Où as-tu grandi ? D’où viens-tu ?BILAL. À Conflans Saint-Honorine, en banlieue parisienne, avec une mère qui travaillait à l’Aide sociale à l’enfance et un père avec des adultes handicapés. Au collège puis au lycée j’étais à Cergy, mais j’étais assez ambitieux, depuis tout petit, donc après ma terminale scientifique, je me suis lancé en prépa. J’ai appris ce que c’était en fin de lycée ! Tu n’en avais jamais entendu parler avant la terminale ? Non, pas forcément. Je passais de temps en temps devant l’ESSEC qui est à Cergy aussi. Un jour j’ai voulu savoir comment les étudiants rentraient à l’ESSEC, et un garçon m’a répondu qu’il fallait faire une prépa. Mais même avec ma moyenne, en banlieue sur Parcoursup tu n’as pas grand-chose. C’est là que je suis arrivée au lycée La Bruyère à Versailles, dans une petite prépa avec internat. J’y suis resté deux ans, puis j’ai cubé et j’ai pris un appartement cette année-là. Et j’ai finalement décroché l’EDHEC, la 4e école de France ! Comment se passe l’arrivée ? Je suis très content ! Et puis ce sont les soirées, et tout ce qui va avec. Mais on arrive vite dans le moule du système. Et moi, je suis un peu anti-système sur ce point-là. En plus, en école ce n’est pas du tout le même rythme qu’en prépa, on a moins de stimulation intellectuelle. Ensuite, aux oraux, on raconte nos rêves un peu farfelus, vouloir entreprendre ou partir dans le cinéma. Mais en réalité, quand tu arrives, très vite, tu te demande comment faire de l’argent. Pour ça, il y a deux ou trois métiers : avocat, consultant ou banquier d’affaires. On est tous à la quête d’un stage en M&A, en conseil en stratégie ou en avocat. En entreprise, tu réussis si tu te débrouilles socialement, si tu te démarques. Mais tu t’accroches malgré tout...Oui... En tant que boursier, je suis aidé par une fondation à Paris. Ils m’aident alors à me trouver un stage de pré-master de plusieurs mois dans un fond d’investissement. Je me rends compte assez vite, et mon boss aussi, que ce n’est pas fait pour moi. Je n’ai pas la personnalité pour ce genre de métier. À ce moment-là, tu développes avec un autre camarade une idée d’entreprise ? On testait un projet étudiant qui consistait à louer des meubles à un étudiant pour meubler son appart. J’avais vécu cette difficulté de trouver un logement, car comme je suis boursier, chercher un appartement meublé sur Lille c’est être forcément au second plan, parce qu’il faut un bon garant et des gros bulletins de salaire, ce qui n’était pas mon cas. J’avais un logement non meublé, moins recherché, mais derrière il fallait acheter des meubles et la logistique est aberrante. On a fait un test en louant un pack de meubles qu’on avait trouvé sur Le Bon Coin. À quel moment tu décides te vraiment te lancer et de transformer le projet ? En deuxième année à l’école, donc en M1, je perds ma mère d’un cancer. Pendant 9 mois, j’ai fait les aller-retours entre Lille et Conflans, ça a été tragique pour moi. En même temps, je devais faire les process de recrutement pour les stages de mon année de césure. C’était très complexe. Et puis je me suis rendu compte que la vie est courte : si on n’a pas le temps pour vivre ses rêves, on risque de rater sa vie ! Je me suis dit que je n’avais rien à perdre. J’ai arrêté les process de recrutement en entreprise en février et ma mère est décédée en mai. C’est à ce moment-là que je décide de racheter des meubles aux étudiants qui quittent Lille avant l’été. À l’époque, je n’ai pas de camion, ni de permis. Juste un appartement de 27m2 dans lequel je stocke, j’ai un petit chariot de chez Casto qui me sert à arpenter les rues. Pour le financer, j’ai creusé mon découvert à la banque ! Tu stockes tout dans ton appartement en attendant que les étudiants te louent des meubles ? Jusqu’en juin, oui. Puis l’été je déplace tout dans un entrepôt à Lens, et ensuite dans les sous-sols de l’EDHEC.Comment tu concilies études et entreprise ? J’ai intégré le programme « CEO for Six Months » de l’école : pendant les six premiers mois de ta césure, tu récupères des crédits ECTS en créant ta boîte, et les six mois suivants, j’ai fait mon stage directement dans ma propre boîte. Aujourd’hui, les douze mois de césure se terminent, je reprends les cours en septembre mais je suis tout seul sur Refurb.À quel besoin tu réponds sur le marché du logement étudiant ? Plus de 50 % des étudiants lillois vivent à plus de 100 kilomètres de Lille. Quand ils arrivent, la plupart veulent un appartement meublé. Les agences immobilières le disent : mi-juillet, tous les meublés sont partis, en août il ne reste plus que des non meublés. Quand l’étudiant n’a pas le choix, qu’il vient de loin et qu’il n’a pas les liquidités parce que meubler son logement coût cher, on lui propose notre système de location de meubles. On s’occupe de tout : c’est livré, installé et avec un SAV. Tu aurais un conseil à donner aux étudiants qui hésitent à se lancer dans l’entreprenariat ? « Fais ! Tu es jeune, tu peux te permettre de prendre des risques. » Plus vieux, il aura peut être un crédit immobilier, pour une voiture, des enfants... Et la mentalité change. On dit souvent aux étudiants de sortir de leur zone de confort, mais ils le font déjà en postulant à des jobs hyper sélectifs en banque d’affaires ou en conseil.Sur le plan mental et physique, je me sens incroyablement bien depuis que j’ai lancé mon idée.
« Si on n’a pas le temps pour vivre ses rêves, on risque de rater sa vie » : l’incroyable parcours de Bilal qui a lancé son (ambitieuse) entreprise
Boursier, originaire de banlieue parisienne, cet étudiant à l’EDHEC a bousculé le parcours classique des grandes écoles de commerce. Après u








