Invité de marque de la 40e édition du Festival international Nuits d’Afrique, l’orchestre kompa Tabou Combo effectuera samedi son grand retour dans cette ville qui danse tant sur ses chansons depuis presque six décennies. Pionnier de la fusion des rythmes créoles et de la pop contemporaine, le groupe a ouvert la voie à la révolution numérique du kompa dans les années 1980, à son métissage avec le rap dans les années 1990, puis à la pop électronique d’aujourd’hui. En entrevue avec Le Devoir, son leader, Yves « Fanfan » Joseph, nous parle de futurisme, de l’influence des Rolling Stones et d’avoir refusé un contrat de disques avec la prestigieuse étiquette Motown.Le moment est bien choisi pour inviter à nouveau Tabou Combo : une nouvelle génération de fans de musique pop découvre présentement que les sons d’Haïti, à commencer par le kompa, se mêlent agréablement à la pop, au R&B et au hip-hop, comme le prouvent les succès récents de Joé Dwèt Filé (4 Kampé) et Naïka (One Track Mind), cette dernière ayant récemment animé la place des Festivals.Après tout, ce sont eux, légendaires membres de Tabou Combo, qui ont imaginé le kompa comme musique pop à part entière, décrochant un succès radio en Europe avec la chanson New York City et son rythme explosif, parue en 1974 sur l’album 8th Sacrement.« Nous sommes des précurseurs, nous avons toujours été futuristes ! » clame Yves Joseph, l’un des membres d’origine, percussionniste et principal parolier avant de devenir chanteur. « On visait tôt le marché international, on voulait que les étrangers dansent aussi le kompa. De cette manière, on a lancé le bal, ouvert la voie aux prochaines générations, comme celle de Carimi », populaire ensemble fondé à New York au tournant du millénaire. « L’histoire se poursuit aujourd’hui, la musique change grâce aux rythmes électroniques — et grâce à Internet, qui rend plus facile le contact avec le public. À notre époque, les radios nous jouaient peu ; malgré ça, on a prouvé que la musique haïtienne n’était pas seulement valable pour les Haïtiens et que tout le monde pouvait l’apprécier. »