Grâce à la Coupe du monde, M6 a attiré les téléspectateurs. Un bon coup qui fait partie de la stratégie de la chaîne mais insuffisant pour s’imposer sur la durée face à ses concurrents. Kylian Mbappé et Didier Deschamps déçus après la défaite des Bleus face à l’Espagne en demi-finale de la Coupe du monde de football, le 14 juillet 2026. Photo Odd Andersen/AFP Par Romain Colas Publié le 16 juillet 2026 à 15h30 20,24 millions de téléspectateurs. Mardi 14 juillet, M6 a enregistré la neuvième meilleure audience de l’histoire de la télévision avec la défaite de l’équipe de France face à l’Espagne, en demi-finale de Coupe du monde. Un score quasi similaire à la demi-finale d’il y a quatre ans, au Qatar. Un succès en trompe-l’œil pour la chaîne, qui s’achète à grands frais un statut de chaîne premium difficile à entretenir dans la durée. « Le succès d’audience est total et incontestable ! », s’est exclamé avec force David Larramendy, le président du groupe M6, dans un entretien à L’Équipe. Si les rencontres des Bleus attirent plus qu’attendu (+ 20 %, selon le dirigeant), la Coupe du monde 2026 enregistre, en fait, les pires audiences de l’histoire de l’événement : 3,8 millions de téléspectateurs en moyenne pour les phases de poules (24 % de parts d’audience) contre 6,4 millions (30 % de parts d’audience) en 2022, selon Médiamétrie. À lire aussi : Coupe du monde sur M6 : foire commerciale, peuple en fusion et opportunes omissions Ce résultat s’explique par le nouveau format de la compétition, avec des rencontres moins prestigieuses en raison du plus grand nombre d’équipes (48 pour 104 matches contre 32 pour 64 jusqu’alors). Mais également par une programmation défavorable aux diffuseurs européens, à cause du décalage horaire, avec des affrontements parfois programmés à 1 heure, 3 heures voire 5 heures du matin. Lors de la phase suivante, les rencontres à élimination directe — hors France — ont rassemblé en moyenne 4,8 millions de fans (35 % de part d’audience), selon Larramendy. En 2022, ils étaient 7,2 millions, soit 2,4 millions de plus (36 % de part d’audience). La stabilité de la part d’audience stable sur les deux Coupes du monde, malgré la baisse de téléspectateurs, s’explique par le recul continu de personnes devant leur poste et de la durée d’écoute de la télévision — moins 35 minutes par jour entre 2022 et 2025, soit 2h51 quotidiennes, selon Médiamétrie. Dans le même temps, sa plateforme M6 + a affiché 3,3 millions de nouveaux comptes. Un Mondial “pas rentable” Dans ce contexte, difficile pour M6 de rentabiliser l’achat des 54 rencontres. Le diffuseur historique, TF1, a déboursé environ 70 millions d’euros en 2022 contre 120 millions estimés pour M6 en 2026, qui ne confirme pas le montant. Pourtant, la Fifa a tout fait pour aider les diffuseurs en instaurant, par exemple, de fausses « pauses fraîcheur » à la 25e et la 70e minute dans toutes les rencontres, leur donnant l’occasion d’insérer de nouvelles coupures publicitaires. « Le Mondial ne sera pas rentable », a confirmé à nos confrères Larramendy, qui parle tout de même d’un succès commercial « au-delà des espérances ». L’absence des Bleus en finale devrait entraîner un manque à gagner de 5 à 6 millions d’euros, selon Le Parisien. Le chiffre d’affaires publicitaire « a dépassé celui des jeux Olympiques de 2024 réalisé par France Télévisions (104 millions d’euros). La Coupe du monde 2026 devient donc le plus grand événement publicitaire de l’histoire », s’enthousiasme le président du groupe, sans pour autant préciser le montant. Ce qui n’a pas empêché M6 d’anticiper les pertes en déclenchant un plan d’économies de 80 millions d’euros à réaliser d’ici à 2030. Pas encore de réflexe M6 Au-delà des revenus, M6 tente de s’acheter un statut. Celle qui se déclarait « 0 % foot » en 1998 mise désormais sur les événements sportifs en direct qui rassemblent des millions de téléspectateurs devant leur poste. Elle a commencé en 2006 en co-diffusant le Mondial de foot aux côtés de TF1, avec qui elle s’est associée pour les Euro 2008, 2012, 2016, 2021 et 2024, ou encore la Coupe du monde de rugby en 2023. La petite chaîne qui monte — comme elle a longtemps été surnommée — a aussi acquis la diffusion en clair de la finale de la Ligue des champions entre 2024 et 2027, profitant du double sacre du PSG. Une stratégie payante sur le plan des audiences qui a vu M6 se placer juste derrière France 2 — portée par le Tour de France —, reléguant son principal concurrent, TF1, à la troisième place lors de la semaine du 6 au 12 juillet. Une première dans l’histoire de la télévision. Cette stratégie de coups ne suffit pour l’instant pas à installer un « réflexe M6 » auprès du téléspectateur. En l’absence de match et malgré la multiplication des bandes-annonces vantant ses programmes lors des fortes audiences du Mondial, la chaîne est retombée à 6,5 % de part de marché sur la journée du 13 juillet, très loin derrière TF1, France 2 et France 3. À lire aussi : Coupe du monde 2026 : football partout, commentatrices nulle part Télévision M6 Audiences Médiamétrie Sport Football Coupe du monde de football Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Mondial 2026 : pour M6, de bonnes audiences en trompe-l’œil
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