Vincent GeorisJournaliste, Europe et International14 juillet 2026Aujourd'hui à 18:58Entre frappes, menaces de blocus et pressions économiques, l’Iran et les États-Unis cherchent à imposer leur loi sur le corridor énergétique le plus stratégique de la planète. Une confrontation qui fragilise les règles du commerce mondial. Le résuméLe détroit d’Ormuz est devenu le nouveau front de l’affrontement entre Washington et Téhéran. Derrière les menaces contre la navigation, c’est un principe fondateur du commerce mondial qui vacille : la liberté des mers. En transformant ce passage stratégique en instrument de puissance, les deux camps fragilisent l'ordre maritime dont dépendent les échanges mondiaux.Depuis une semaine, quelques dizaines de kilomètres de mer concentrent le risque d’un choc planétaire. Au cœur de la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran, le détroit d’Ormuz est devenu le nouveau front d’une bataille qui dépasse la seule dimension militaire: le contrôle d’une artère dont dépend une partie de l’économie mondiale.Donald Trump affirme vouloir garantir la liberté de navigation. Pourtant, après avoir envisagé une taxe de 20 % sur les cargaisons transitant par le détroit, il a finalement privilégié des accords commerciaux et d’investissement avec les pays du Golfe. Une approche moins frontale, mais qui fait de la protection d’Ormuz un instrument de puissance. Téhéran, de son côté, menace les navires qui ne respecteraient pas son contrôle du passage et prépare un dispositif de péage dans le détroit.Le droit de la mer comme boussoleLes deux logiques guerrières se heurtent à une réalité fondamentale: Ormuz n’est pas un territoire à conquérir. C’est une voie internationale régie par des règles destinées à empêcher que les grandes puissances transforment les routes commerciales en instruments de pression.Cette règle s’applique même lorsque les navires traversent les eaux territoriales de l’Iran ou d’Oman: ils bénéficient du régime du "passage en transit" inscrit dans la Convention de Montego Bay de 1982, qui garantit une circulation sans entrave.Bien que ni l’Iran ni les États-Unis n’aient ratifié cette convention, ils restent liés par le principe coutumier fondateur du droit de la mer: la liberté des mers. Héritée de la pensée du juriste Hugo Grotius au XVIIᵉ siècle, cette règle a permis l’essor du commerce mondial en séparant la puissance militaire du droit de passage.Violer ce principe entraîne des risques loin d'être théoriques. Le commerce maritime mondial repose sur une construction: le droit, les contrats et l’assurance. Aucun navire marchand ne traverse Ormuz sans couverture contre les risques de guerre. Si le détroit devient une zone de combat, les assureurs retirent leurs garanties. Et sans assurance, les armateurs cessent de naviguer.Un dangereux engrenageC’est là que réside le véritable risque d’escalade. L’affrontement entre Washington et Téhéran pourrait rapidement affecter les grandes puissances commerciales, de la Chine à l’Europe, qui dépendent de ce corridor énergétique.Le droit de la mer est l’un des plus anciens piliers du droit international. Sans lui, les routes commerciales redeviennent des espaces de confrontation où la loi du plus fort remplace le droit. En jouant avec Ormuz, les États-Unis et l’Iran ne menacent pas seulement l’approvisionnement énergétique mondial: ils mettent à l’épreuve l’un des fondements de l’économie planétaire.