« Est-ce que vous êtes prêts pour le show de l’année ? », a demandé Souldia en début de cette soirée épargnée par la pluie. La mer de fans rassemblés sur les plaines d’Abraham a répondu sans savoir ce qui les attendait, soit une bonne trentaine de chansons, une douzaine d’invités, une scénographie étudiée aux effets pyrotechniques abondants, et surtout un rappeur dans une forme athlétique qui, lundi soir, réalisait son « rêve de gamin » : les grandes plaines du Festival d’été de Québec — pour lui d’abord et la « famille » ensuite. Ce pourrait bien avoir été la plus épique performance de l’édition 2026 du festival.Dans un décor de zone sinistrée qui pourrait avoir été inspirée par le film culte The Warriors (1979), DJ Manifest occupait le haut de sa tribune, flanqué à sa droite par le batteur montréalais Ryan Stevenson, un autre athlète en son genre, rompu à la frappe rap. Un ou deux guitaristes complétaient la formation, qui n’a pas manqué de renfort en cours de soirée.À bras ouverts, Souldia a invité bon nombre de ses collègues sur scène, non sans l’avoir d’abord réchauffée de la rugueuse et viscérale manière qui fait sa marque. Ouvrant avec Diablo de l’album Non conventionnel (2023), il a balancé ensuite les Mise à jour, GOAT, ainsi que l’impeccable Ni Dieu, ni maître, celle-là révélant toute la force non plus du rappeur mais de l’interprète ayant ces dernières années appris à devenir un chanteur et mélodiste inspiré.Toutes tirées de l’album double Monstre paru il y a un mois à peine et dont cette soirée démesurée a d’office servi de spectacle de lancement. De la scène, Souldia pouvait apercevoir des spectateurs jusqu’en haut de la butte des plaines d’Abraham : il n’en revenait pas. « Ce soir, ce n’est pas Souldia, c’est Limoilou qui est ici ! », a-t-il scandé. Fier, le gaillard, de devenir le premier artiste rap originaire de la Capitale à tenir le haut de l’affiche de la plus grande scène que le FEQ peut offrir, la plupart du temps aux vedettes internationales. Toute cette performance, son rythme, son énergie, sa démesure, rivalisait avec les concerts des stars d’ailleurs.En embrassant Loud en fin de concert après que la paire a interprété Rêve de jeunesse, il s’est souvenu, rempli de gratitude : « La première fois que je suis monté sur cette scène, c’était avec lui ! » Après avoir réchauffé la scène, Koriass fut le premier à le rejoindre pour interpréter Rêve éveillé — après une trentaine de minutes de rimes déchirantes et de rythmes fertilisés à la guitare métal, le groove presque new wave de celle-ci a donné une bouffée d’air frais aux spectateurs.L’intense Souldia a su équilibrer ses strophes rageuses avec des moments plus pop, retrouvant Jay Scott pour Grand frère, l’un des morceaux les plus fédérateurs du répertoire du rappeur, qu’il a chanté dans la foule. Flanqué d’un garde du corps, le Limoulois ne pouvait se retenir d’aller à la rencontre des fans, s’accrochant à eux en rappant, s’offrant même une séance de crowd surfing. La caméra s’approchait de la foule, les visages étaient frappants, des jeunes filles aux vieux amateurs de hip-hop, récitant en chœur les textes.Après Jay Scott, le défilé les collaborateurs : Fléau Dicaprio, le complice des débuts Die-On pour un moment vintage FaceKché, Rymz, Roxane Bruneau pour leurs deux collaborations (Côté passager, Ride or Die), puis les membres du collectif montréalais 5Sang14 LOST, White B et MB. FouKi, Manu Militari et Marième (pour Limoilou Starz) étaient aussi bienvenus à cette grande célébration du rap de Québec que Souldia, déjà l’un des musiciens québécois les plus populaires, tous genres confondus, de son époque, a assurément vécu comme une consécration — et chargée d’émotion, au moment où il a rendu hommage à sa défunte mère (Ceci n’est pas une chanson triste).
Carte blanche à un Souldia survolté qui a pris les plaines d’assaut au FEQ
Le rappeur de Limoilou a vécu son «rêve de gamin» entouré de plusieurs de ses collègues.







