Quatre-vingt six morts, des centaines de vies bouleversées. La commémoration du 14 juillet 2016 aurait dû donner lieu à des programmes documentaires et fictionnels d’envergure, comme ceux produits sur le 13 novembre 2015. Il n’en est rien. Sur la Promenade des Anglais le 12 juillet, lors d’une marche commémorative. Photo Valery Hache/ AFP Par Emmanuelle Skyvington Publié le 14 juillet 2026 à 06h50 Le soir du 14 juillet 2016, 25 000 personnes étaient venues admirer le feu d’artifice depuis la promenade des Anglais à Nice. Un spectacle festif sur la « Prom », avec vendeurs de glaces et stands de bonbons, en cette soirée estivale, qui a viré, à 22h33, au cauchemar lorsqu’un terroriste a déboulé à bord d’un poids lourd de 19 tonnes, grimpant sur le trottoir et prenant de la vitesse. En quatre minutes, à coups de grandes embardées, Mohamed Lahouaiej Bouhlel a fauché la vie de 86 personnes sur deux kilomètres. Il en a blessé 458 autres. Une scène d’horreur : la Prom parsemée de corps, de traces de sang, d’objets abandonnés. Deux jours plus tard, l’État Islamique – sans lien certifié avec le terroriste – revendiquait cet attentat. Comprendre ce cauchemar insensé, les failles du dispositif de sécurité, le profil de l’assassin, et surtout, donner la parole à tous ceux qui tentent de vivre et se reconstruire, cela n’aura pas lieu sur nos antennes télé et radio. Cette commémoration était l’occasion de proposer des récits d’ampleur pour se réapproprier ce moment dramatique. Les médias nationaux diffusent bien des reportages en hommage à ce drame, Radio France propose, il est vrai, un remarquable podcast Attentat de Nice : les enfants du 14 Juillet (de David Di Giacomo) donnant la parole à ceux dont la vie a basculé ce soir-là, et aux professionnels qui les accompagnent dans la vie d’après. Mais le traitement médiatique audiovisuel et l’écriture narrative du drame niçois ne sont pas à la hauteur de ce qui a été proposé aux Français fin 2025, au moment de la commémoration des attentats parisiens et dyonisien du 13 novembre 2015. Grand écart Cet attentat est pourtant l’événement le plus meurtrier ayant touché des enfants en France : quinze mineurs sur les 86 morts dénombrés. Il a engendré des traumatismes persistants chez les adolescents, dont la presse écrite se fait l’écho. Cette date aurait été l’occasion de proposer des récits documentaires et fictionnels fouillés, à l’image de la série Des vivants (Jean-Xavier de Lestrade pour France Télévisions) ou encore 13 Novembre, le choix de Sonia (David André et Violette Lazard), 13 Novembre, nos vies en éclats (Valérie Manns), 13 Novembre, les ricochets (Florence Troquereau et Pauline Pallier) pour ne citer que ces exemples diffusés sur le service public. Si le discours d’Emmanuel Macron en déplacement à Nice mardi 14 juillet sera retransmis en direct sur France 2 à partir de 17h50 et qu’une minute de silence sera observée avant le match France-Espagne, hommages et mémoire collective risquent de ne pas avoir la même envergure. De quoi susciter la colère de l’écrivain Thierry Vimal, qui a perdu sa fille Amie, 12 ans, ce soir-là. « C’est comme si la perte de ma fille, et de toutes les victimes de Nice, n’étaient pas une grande perte et ne comptaient pas », déplore-t-il dans un post publié ce week-end sur les réseaux sociaux. Un grand écart entre territoires qui renforce le sentiment d’oubli, voire d’abandon. Société Télévision Terrorisme Attentat Attentat de Nice Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus